« Super Mario », le magicien

Mario Draghi lance l'arme suprême  Source: flickrSS

Mario Draghi lance l’arme suprême
Source: flickrSS

C’était le 26 juillet 2012. Mario Draghi était alors président de la Banque centrale européenne depuis un peu plus d’un an. La zone euro était en plein cœur de la crise des dettes souveraines. La dette grecque venait d’être restructurée en mars. L’Italie et l’Espagne, assommés par des taux d’emprunts trop élevés, n’étaient pas loin de devoir quitter la monnaie unique. Ce jour-là, Mario Draghi prit son envol. Dans un discours à Londres, il promit que la BCE était « prête à faire tout ce qui est nécessaire pour préserver l’euro ». « Croyez-moi, ce sera suffisant », avait-il ajouté. Depuis ce jour, « Super Mario » est considéré comme le sauveur de l’euro. Et ce ne sont pas les mesures annoncées par la BCE ce jeudi 22 janvier qui vont nuire à sa popularité. Les investisseurs attendaient du neuf, ils sont servis. En effet, la Banque centrale européenne a décidé d’acheter chaque mois 60 milliards d’euros de dette publique et privée d’ici à septembre 2016, soit 1 140 milliards au total. De quoi ravir les marchés financiers et les pays périphériques de la zone euro, qui n’en demandaient pas tant.

Un hétérodoxe à la tête de la BCE

Pourtant, le parcours de Mario Draghi ne lui prédisait pas forcément l’ascension à la tête de l’autorité monétaire européenne. Encore moins de le voir adopter des mesures hétérodoxes, qui font de lui un homme adulé mais parfois également détesté. Dans les années 1990, il s’occupa du grand plan de privatisation du gouvernement italien de l’époque. De 2002 à 2005, il devint vice-président de la branche européenne de la banque d’affaires américaine Goldman Sachs. En 2006, il accéda à la gouvernance de la Banque d’Italie avant d’enfin toucher à la fonction suprême en mai 2011. Car Mario Draghi a failli voir le siège de gouverneur de la BCE lui échapper. En cause, des soupçons sur son activité chez Goldman Sachs. La banque d’affaire est accusée d’avoir aidé la Grèce à camoufler son déficit public en échange d’une rémunération. Goldman Sachs le payera, pas Mario Draghi. Il devint donc le premier italien banquier central européen. Ennemi suprême de la gauche européenne hier, son plus grand allié aujourd’hui, le chemin parcouru par Mario Draghi est en un sens exceptionnel. Si l’histoire décide de garder une trace de son passage à la tête de la BCE, ce n’est sans doute pas parce qu’il était italien. Mais bien parce qu’il a été le premier à rompre avec l’orthodoxie monétaire européenne.

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Charles Derrac

Passionné de politique, d'économie et de sport.

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