Rétrospektive de la situation syrienne

En Syrie, l’espoir d’un printemps arabe tourne aujourd’hui à l’enfer le plus sordide. Un enfer pour la population syrienne qui espérait, comme ses voisins egyptiens, tunisiens et libyens, retrouver une forme de justice sociale, d’égalité, récupérer une fierté confisquée mais surtout se débarasser d’un régime dictatorial et autoritaire. Un enfer parce que depuis 14 mois que le conflit dure, la situation n’a fait que se dégrader.

Dans cette article international/géopolitique, je vous propose une rétrospective succinte des événements qui se sont déroulés depuis le début des manifestations, ainsi qu’une tentative d’explication sur les blocages et les difficultés que rencontre l’action internationale pour résoudre cette crise.

Un enfant syrien

Dans la continuité du printemps arabe, une vague de protestation sociale et politique se développe en Syrie à partir de mars 2011. Le peuple souhaite plus de justice sociale, de libertés individuelles : en somme, une vraie démocratie. La première manifestation prend place à Damas le 15 mars 2011. Seuls quelques dizaines de manifestants sont présents et pourtant déjà une trentaine d’entre eux seront arrêtés pour « atteinte au prestige de l’état ». Le 18 mars, une seconde manifestation dans le sud de la Syrie est dispersée violemment par la police du régime et fait 4 morts parmi les manifestants.

Après ces premières exactions du régime s’ensuivront plusieurs mois de violences, de déclarations internationales indignées, de « tentatives d’apaisement », de projets de résolution à l’ONU, de sanctions économiques diverses.

Mais là où l’ONU a pu intervenir en Libye en profitant d’une abstention de la Chine et de la Russie à un projet de résolution, aucune action sérieuse ne peut être envisagée contre la Syrie sans être automatiquement bloquée par le véto russe et chinois.

Pour ceux qui ne connaissent pas le fonctionnement de l’ONU, en voici une rapide présentation :

Logo de l’Organisation des Nations Unies

L’ONU est organisée autour de 6 principaux organes parmi lesquels l’assemblée nationale et le conseil de sécurité. Les « résolutions » sont des décisions prises par le conseil de sécurité des nations unis. Leur but est d’apporter une solution concertée à un problème menaçant la paix ou la sécurité dans le monde.

Le conseil de sécurité, seul habilité à voter ces résolutions, est composé de 5 membres permanents (les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Russie et la Chine) et de 10 membres élus pour 2 ans par l’assemblée nationale. Les résolutions doivent être approuvées par au moins 9 membres du conseil. Les 5 membres permanents, en plus d’avoir une place assurée au conseil de sécurité, organe prépondérant de l’organisation internationale, disposent d’un pouvoir de véto sur tout projet de résolution. Autrement dit, chacun de ces 5 pays peut défendre ses intérêts propres et bloquer purement et simplement toute résolution de l’ONU qui n’entrerait pas dans ces-dits intérêts.

C’est ce qui se passe en Syrie aujourd’hui. A l’heure actuelle, tout projet sérieux de résolution proposé au conseil de sécurité est systématiquement bloqué par la Russie et la Chine, qui disposent d’intérêts économiques, financiers et géopolitiques nombreux en Syrie. La communauté internationale est donc tristement inefficace dans ce conflit où les victimes s’accumulent.

Manifestation en Mars 2012. Crédit Photo : Photothèque Rouge/Romain Hingant

Cette parenthèse importante faite, revenons maintenant au récit de la révolution. Nous en étions restés aux premières manifestations et aux premières exactions du régime. Ce qui n’était encore qu’un conflit limité et marginalisé, finalement peu connu du monde, prit une toute nouvelle ampleur lors des massacres de Homs, qui débutèrent autour du 7 novembre 2011. Cette fois, les jeux de langages changent : l’ONG « Human Right Watch » parle de crimes contre l’humanité, la ligue arabe décide de suspendre la Syrie et menace le régime syrien de sanctions. Le 22 novembre, l’ONU adopte pour la première fois une résolution condamnant la répression opérée par le régime.

Le 27 décembre, une première équipe d’observateurs de l’ONU arrive en Syrie sous l’acclamation des manifestants. la présence de la mission d’observation ne va malheureusement ni arrêter, ni calmer les massacres. Car pendant ce temps, le massacre de Homs continue. L’ONU avoue même que certains quartiers étant entièrement barricadés, il lui est impossible de donner un décompte réaliste du nombre de victimes. Le 28 janvier, devant la recrudescence des violence en Syrie, la mission des observateurs de l’ONU est suspendue. Le 4 février, la repression à Homs fait 260 morts, ce qui en fait la journée la plus sanglante depuis le début des manifestations. Après trois semaines d’intenses bombardements et plusieurs jours d’affrontement au sol, Homs est reprise par l’armée fin le 29 février.

En mars, un plan de paix est proposé par Kofi Annan, l’émissaire international de l’ONU. Malgré l’acceptation du plan par la Syrie, les violences continuent. Comme toujours, le régime accuse des terroristes de perpétrer ces massacres, alors que l’opposition accuse inversement le régime.

Depuis quelques jours, 300 observateurs de l’ONU sont présents dans plusieurs villes de Syrie, supervisés par le général norvégien Robert Mood. Selon ce dernier, seuls les Syriens « ont la clé d’une issue pacifique » au conflit qui mine leur pays.

Le général Robert Mood, chef des observateurs de l’ONU en syrie, dénonce le massacre de Houla

Aujourd’hui, la Syrie est de nouveau à la une de nos actualités après le massacre de Houla perpetré ce week-end. Le conseil de sécurité de l’ONU, réuni en urgence dans la nuit de dimanche à lundi a condamné, sans nommer directement le régime syrien, les responsables de ce massacre. Plus que jamais, le plan Annan, qui faisait déjà l’objet de peu d’espoirs, se trouve dans un état plus que précaire. Après le massacre de Houla, l’armée syrienne libre ne se sent plus tenue de respecter le cessez-le-feu prévu par ce plan. Il est probable qu’en l’absence d’actions internationales concrètes, les violences reprennent de plus belle, d’autant que dans la confrontation qui se joue entre le régime en place et l’opposition armée se sont insérés de nouveaux acteurs tel que le réseau terroriste Al Qaida, présent dans l’Irak limitrophe et qui espère profiter du désordre en Syrie pour renforcer son influence et ses réseaux.

Je pense qu’il est important pour chacun de comprendre que dans toute guerre civile (car je pense qu’on peut parler de guerre civile), rien n’est entièrement blanc ou noir, bien ou mal. S’il est clair que le régime perpétue des crimes impardonnable, il serait réducteur et même un brin naïf de visualiser la rébellion comme un groupe d’individus indistincts, unis dans un seul et même objectif, totalement dénués d’intérêts personnels, se battant pour la seule liberté du peuple syrien. Il existe infiniment plus de composantes, qu’elles soient religieuses, politiques, claniques (en rapport aux clans) en jeu. Par exemple, Al Qaida a souvent encouragé la rebellion dans les derniers mois, inquiétant de ce fait les puissances internationales quant à la profondeur de son implication dans ce conflit (plusieurs attentats en Syrie sont imputés à l’organisation terroriste) et de ses intérêts propres à voir la rebellion l’emporter. C’est bien toute la complexité de ce conflit qui rend l’action internationale délicate.

A l’heure actuelle, la communauté internationale reste bloquée par les vétos russes et chinois à l’ONU, contrecarrant tout projet de résolution qui permettrait de faire évoluer le conflit : approvisionnement de l’Armée Syrienne Libre en armes, envoi de troupes, etc. La situation n’est pas prête de se débloquer, or il y a urgence et si la Russie et la Chine n’évoluent pas, la question d’une intervention unilatérale de la ligue arabe ou des pays occidentaux finira par se poser, entraînant de fait des frictions à l’échelle internationale.

Massacre de Houla. Crédit photo : Euronews

Je me pose souvent la question suivante : Que peut-on faire à notre niveau ? Honnêtement, pas grand chose. Je pense qu’en mémoire de tous ces martyrs qui luttent et meurent au nom de la liberté, il est de notre devoir de ne pas oublier ce qu’il se passe en Syrie. Ne pas oublier que tous les jours de nouvelles victimes, parmi lesquelles des enfants, sont enterrées ou brulées dans des fosses communes. Ne pas oublier non plus la chance que nous avons de vivre dans des pays démocratiques épargnés par la dictature et la repression policière. Et espérer que le peuple syrien trouvera la paix, la justice et la liberté, avec ou sans l’aide de la communauté internationale.

Sources :

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Louis Derrac

Responsable Développement Éducation chez Tralalere, je suis passionné par l'éducation, la politique et adeptes de débats sans fins.

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  • alban

    Je kiffe ton site mon petit loulou.
    Ton Alban que tu aimes fort