Rétrospektive : 17 octobre 1961

Il y a 51 ans exactement, la police de Paris réprimait violemment une manifestation d’Algériens vivant en métropole. Nous sommes en octobre 1961, la guerre d’Algérie entre dans une phase critique : les négociations n’aboutissent pas et la tension monte entre le gouvernement français et le gouvernement provisoire d’Algérie.

Replaçons nous dans le contexte : depuis 1834, l’Algérie est française à la suite d’une conquête longue et lourde de violences. Contrairement au Maroc qui était un protectorat, ou les pays d’Afrique noire qui étaient des colonies, l’Algérie devient un département français. La population « autochtone » reçoit officiellement la nationalité française. C’est cette différence importante de statut qui rendra l’indépendance de l’Algérie si difficile car ne l’oubliez pas, la France est une république indivisible.

Or dès l’issue de la seconde guerre mondiale, l’Algérie revendique son indépendance et de nombreux partis nationalistes sont constitués : le FLN (Front de Libération National) et le MNA (Mouvement National Algérien) notamment. Face à eux, les Français attachés au maintien de l’Algérie française constituent les rangs de plusieurs groupes clandestins, l’OAS (Organisation Armée Secrète), le FAF (Front de l’Algérie Française) et les Harkis (des algériens sympathisants à la cause française). En 1954, la guerre d’Algérie est déclenchée. Plus qu’une guerre, ce sont des actions terroristes, de guérillas et de sabotage qui caractérisent le conflit. Par sa nature violente, ce conflit fut le théâtre de très nombreuses exactions issues de deux camps radicaux, le FLN d’une part et l’OAS d’autre part, qui ont l’un et l’autres perpétrés des actions comparables à des crimes de guerre. La métropole n’est pas épargnée par ces conflits.

En France même, la police et les forces radicales du FLN s’opposent durement, avec de nombreux morts de part et autre à la clé. L’instabilité du climat pousse le préfet de l’époque, Maurice Papon, à instaurer un couvre-feu à l’adresse des seuls Algériens présents en France. Le commissaire Dides, un ancien député poujadiste, qualifiera ce couvre-feu de « manifestation de racisme contraire à nos traditions ». En riposte à cet acte discriminatoire, le FLN décide d’organiser une manifestation pacifique et enjoint, souvent par la menace, la majorité des Algériens de Paris à y participer. Nous sommes le 17 octobre.

C’est seulement vers 16h que la préfecture de police reçoit l’information de la tenue d’une manifestation. Très rapidement, les forces de l’ordre sont mobilisées avec comme consigne d’appréhender les manifestants et de les conduire dans des centres d’internement. Seulement, c’est là que tout dérape. Les effectifs sont beaucoup trop réduits, personne ne s’attendait à ce que la mobilisation soit autant suivie. Par ailleurs, les policiers sont à bout après des mois de lutte sanguinaire contre le FLN. Ils sont tous persuadés qu’ils vont devoir affronter des manifestants violents et armés, et pour ajouter encore un peu d’huile sur le feu, de faux messages sont diffusés sur les fréquences radio annonçant que plusieurs policiers ont déjà été blessés, certain même tués.

Les organisateurs de la manifestation ont décidé de concentrer les cortèges sur trois secteurs : le pont de Neuilly, les Grands-Boulevards, et le Boulevard Saint-Michel. C’est dans ce dernier lieu qu’auront lieu les affrontements les plus violents. A l’intersection des deux boulevards, les policiers encerclent les manifestants, puis les chargent violemment à coup de matraque. Ni les historiens, ni les journalistes n’ont obtenu un accès complet aux archives de la police, il est donc toujours difficile d’évaluer le nombre de victimes. Certains parles de dizaines de morts, d’autres de centaines. Ce qui est sûr, c’est que la police de l’époque a réagit sans modération face à une manifestation qui de l’accord de chacun était entièrement pacifique.

Devoir de mémoire

Ce mercredi, François Hollande a reconnu pour la première fois la sanglante répression du 17 octobre, rendant hommage aux victimes et à leurs familles. « Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression » peut-on ainsi lire dans son communiqué. Malgré la relative discrétion dans laquelle ce communiqué a été rendu publique, la droite conservatrice s’est aussitôt indigné, avec un Christian Jacob en première ligne assénant que « S’il n’est pas question de nier les événements du 17 octobre 1961 et d’oublier les victimes, il est intolérable de mettre en cause la police républicaine et avec elle la République toute entière ».

Or c’est bien la police républicaine qui a tiré et chargé la foule. Mais comme dans la plupart des événements difficiles de l’histoire, tout n’est pas noir ou blanc. Le FLN notamment tient une part immense de responsabilité dans ce massacre.

Cependant, je pense que la question n’est pas là. Le devoir de mémoire est pour moi la capacité à accepter nos erreurs d’hier pour tenter de faire mieux demain. Le 17 octobre a montré la vulnérabilité de la police de l’époque face aux provocations incessantes du FLN. Le but du devoir de mémoire n’est pas de l’accabler, mais de chercher à comprendre quels éléments déclencheurs ont pu permettre de perpétrer de tels actes, et ce qui aurait pu être fait pour les éviter. Je pense que reconnaître une période sombre de notre histoire est un premier pas indispensable dans le processus de perfectionnement de nos modes de pensées et d’actions.

François Hollande avait fait la promesse de reconnaître officiellement la répression du 17 octobre 1961. C’est maintenant chose faite. Ne nous arrêtons pas à mi-chemin et continuons d’apprendre des erreurs de notre passé pour garantir notre futur.

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Louis Derrac

Responsable Développement Éducation chez Tralalere, je suis passionné par l'éducation, la politique et adeptes de débats sans fins.

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