Quelle Europe voulons-nous?

Le Brexit a été une surprise sans véritablement en être une. Si les sondages prédisaient majoritairement la victoire du Remain, il n’est guère étonnant de voir sortir de l’Union Européenne le plus critique de ses membres. Il faut maintenant aller de l’avant. 

La Tour Eiffel aux couleurs de l'Europe

La Tour Eiffel aux couleurs de l’Europe

Il y a maintenant une semaine, le peuple britannique a décidé de larguer les amarres. Le Royaume-Uni a choisi de quitter l’Union Européenne alors qu’il avait fait le choix inverse en 1973. « Nous sommes enfin libérés du diktat de Bruxelles » ou la variante «Nous reprenons notre destin en main » diront les partisans du Brexit. Ces arguments qui marchent si bien outre manche montrent également à quel point le Royaume-Uni ne s’est jamais véritablement senti européen. Et il pourrait le regretter.

En faisant ce choix, il a peut-être signé son arrêt de mort. L’Ecosse pourrait prendre son indépendance et rejoindre l’UE tandis que les deux Irlande pourraient décider de se rapprocher. Comme l’analyse justement Franz-Olivier Giesbert dans le Point, « Au Revoir, la Grande Bretagne. Bonjour, la Petite Angleterre ».

Ne laissons pas aux souverainistes le sentiment de fierté

Au revoir les Britanniques donc. Quid du futur de l’Union Européenne? Le moment de l’Union politique, fiscale et de la défense européenne est-il enfin venu? On peut l’espérer.

Car on ne peut décemment croire que face aux Etats-Unis, la Chine et la mondialisation chahutée, une Europe désunie puisse un jour mener la danse ou même survivre.

Les souverainistes pensent être les seuls à aimer leur pays. Nous, européens, devons leur montrer qu’il n’en est rien. Le politologue Oliver Duhamel résume bien une pensée que beaucoup partagent lorsqu’il déclare dans un tweet: « À méditer pour tous les Européens : pourquoi avons-nous laissé aux souverainistes le monopole du sentiment de fierté et de la dignité ? ».

La fierté nationale et européenne n’est pas contradictoire. On peut déjà déclarer sans prendre trop de risques que les prochaines batailles électorales en France et ailleurs en Europe marqueront plus que jamais le vrai clivage politique. Plus que le combat droite/gauche qui n’existe presque plus, la vraie bataille sera celle qui opposera européens et souverainistes. En France, c’est naturellement au Front National que l’on trouve le plus d’euro-sceptiques mais ils existent également dans les partis plus traditionnels.

Si nous voulons éviter le scénario du pire en 2017, nous Européens, devons mieux expliquer les bienfaits de l’Europe. La paix d’abord, même si elle ne sera certainement pas remise en cause par le Brexit ou la sortie d’un autre pays. Montrer ensuite que l’euro est avant tout un atout. Que la liberté de circulation des hommes et des marchandises nous est largement favorable. Que l’UE participe activement au développement économique des régions les moins développées de l’UE (paradoxalement ce sont les régions les plus aidées au Royaume-Uni qui ont le plus voté en faveur du Brexit).

Même si les eurocritiques le nieront, l’Europe sociale existe déjà. Et l’austérité que doivent subir le Portugal, l’Espagne ou la Grèce n’est pas contrainte et forcée par Bruxelles, elle est simplement le résultat de mauvaises politiques économiques prises dans le passé par des Etats souverains.

La coopération européenne doit avancer

Ne nous voilons pas la face. L’Union Européenne sous sa forme actuelle est très loin d’être parfaite. Elle est encore trop éloignée des préoccupations des peuples. Elle doit à tout prix s’en rapprocher sinon il sera trop tard.

Première critique qui a beaucoup joué dans la victoire du Brexit: le poids des normes et de la bureaucratie. Il existe un consensus aujourd’hui pour dire que ce poids est trop lourd aujourd’hui et qu’il doit être allégé. Au passage, il peut paraître amusant de voir les euro-sceptiques critiquer la bureaucratie et dans le même temps fustiger l’Europe « ultra-libérale ».

N’oublions pas que les libéraux – les vrais, pas forcément ceux de Bruxelles – et notamment l’Ecole du Public Choice emmené par le défunt James Buchanan sont farouchement opposés aux normes et la bureaucratie, aliénateurs des peuples. Revenons donc à une gouvernance d’une Union Européenne simplifiée qui se concentrerait sur seulement quelques missions majeures. Des politiques industrielles et agricoles au niveau européen.

L’Europe doit également retrouver son indépendance. Cela passe par une politique énergétique commune et la création d’une défense européenne. Empêchons également la concurrence déloyale au sein même de l’UE et tentons d’avancer vers une plus grande harmonisation fiscale. Si elle n’est pas tout de suite possible au niveau de la zone euro, essayons de l’appliquer au maximum dans les six pays fondateurs (France, Allemagne, Italie et Benelux).

Les pistes sont là et mises sur la table depuis longtemps. Gageons que nos dirigeants européens prennent conscience de ces enjeux avant qu’il ne soit trop tard. L’avenir de l’Europe est en jeu.

Le sujet vous interpelle ? N’hésitez pas à participer au débat dans les commentaires !

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Charles Derrac

Passionné de politique, d'économie et de sport.

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