Le plan Juncker ne fait pas l’unanimité

 

Attendu, le grand projet d’investissement de 315 milliards pour relancer la croissance européenne a enfin été annoncé par la Commission européenne. Les réactions ne se sont pas faites attendre.

 

Jean-Claude Juncker au parlement européen. Source: flickrSS

Jean-Claude Juncker au parlement européen.
Source: flickrSS

 

D’un côté des louanges, de l’autre des insuffisances. En tout cas, le Plan Juncker de 315 milliards d’euros d’investissement a déjà beaucoup fait parler de lui. Le président de la Commission européenne a annoncé et détaillé son grand projet d’investissement devant les parlementaires européens le 26 novembre dernier. D’une hauteur de 315 milliards d’euros investis sur trois ans, ce dispositif sera opérationnel dès l’an prochain. Alors que la plupart des pays sont surendettés, il doit ainsi leur éviter de mettre la main à la poche. Grâce à une bonne dose d’ingénierie financière, le Fonds européen pour les investissements stratégiques – qui gérera 21 milliards – pourrait prêter jusqu’à 60 milliards d’euros. In fine, cela déclencherait cinq fois plus d’investissements privés – 315 milliards. Trop peu, estiment déjà les premiers pessimistes, jugeant le paquet artificiel. Bruxelles souhaite garder seule la main sur la gestion de son plan.« Il y aura un comité de sélection des projets et les hommes politiques ne les choisiront pas, comme c’est le cas avec les fonds structurels européens », assure un conseiller européen. Ce dispositif 100 % made in Bruxelles ne nécessitera aucune révision des traités européens et pourra donc être lancé dès 2015.

L’annonce du plan Juncker a plutôt bien été accueillie auprès des acteurs politiques et économiques européens. «Le gouvernement allemand soutient sur le principe le plan présenté par Jean-Claude Juncker», a déclaré Angela Merkel dans un discours prononcé au Bundestag, ce mercredi 26 novembre. « C’est une initiative positive, nous la soutenons », a renchéri Michel Sapin, le ministre des Finances publiques français. La Banque centrale européenne (BCE) voit aussi d’un bon œil ce soutien de Bruxelles, alors même qu’elle a décidé de lancer son programme de rachat de dette souveraine à long terme. Mario Draghi, le président de la BCE, exhortait depuis plusieurs mois Bruxelles à lancer un grand dispositif de soutien à l’investissement à l’échelle de la zone.

Des insuffisances subsistent

Si la France soutient sur le principe le plan Juncker, elle juge aussi insuffisantes les mesures annoncées. Emmanuel Macron, le ministre de l’Economie, a appelé à « faire mieux ». « Nous avons besoin de plus de vrai argent », estime celui qui aurait souhaité un fonds européen doté d’une capacité de 60 à 80 milliards d’euros de capitaux, contre 21 milliards aujourd’hui. Même son de cloche du côté des parlementaires européens de gauche, qui jugent ce plan Juncker « insuffisant ». Certains d’entre eux réclament non pas 300 milliards d’euros d’investissement pour l’avenir, mais 1 000 milliards. « Votre paquet est vide, c’est une goutte d’eau dans la mer. C’est une Europe dominée par l’Allemagne et une forte austérité » a même dénoncé un député européen de la gauche radicale grecque.

Anticipant ces critiques, Jean-Claude Juncker a d’ores et déjà annoncé qu’un soutien financier des Etats serait le bienvenu. La Commission propose de ne pas comptabiliser dans les déficits publics les garanties apportées au nouveau fonds. Cela n’a visiblement pas suffi pour convaincre les Allemands. Bien qu’étant l’un des seuls pays européens en capacité financière d’abonder ce plan, l’Allemagne s’y refuse toujours. « Si les projets sont bons, ils trouveront un financement » a déclaré Sigmar Gabriel, le ministre de l’Economie allemand. Laissant toute la pression reposer sur les épaules de Bruxelles.

 

 

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Charles Derrac

Passionné de politique, d'économie et de sport.

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