Pari réussi pour la gauche ?

Pour la première fois depuis 1981, le Parti Socialiste obtient la majorité absolue à l’Assemblée Nationale, la droite subit un revers, certes annoncé, mais qui n’en reste pas moins sévère, en perdant près de 100 sièges. Le Front National fait son entrée à l’Assemblée avec 3 députés, l’extrême gauche recule et les verts peuvent former un groupe parlementaire : Voici les principaux enseignements de ces élections législatives.

Ces élections étaient acquises à la gauche depuis le 6 mai dernier. Il est vrai que les élections grecques semblaient plus passionner l’Europe que le scrutin Français, dont le faible taux de participation n’a fait que confirmer ce manque d’intérêt. Mais en y regardant de plus près, le renouvellement de l’Assemblée Nationale aura livré quelques informations sur les tendances qui se dégagent et qui risquent de marquer la vie politique de l’hexagone durant ces 5 prochaines années

Le premier enseignement est bien évidement la confirmation de la poussée de la gauche. Ce succès n’a rien d’étonnant compte tenu du calendrier électoral, qui place les élections législatives un mois après les présidentielles ; amplifiant ainsi la victoire du parti du président fraîchement élu. Cette victoire ne faisait aucun doute, la vraie question était de savoir si le PS allait obtenir la majorité absolue ou s’il allait devoir s’allier avec l’extrême gauche. Finalement le Parti Socialiste obtient une majorité absolue assez nette, il disposera pour la rentrée parlementaire de 315 députés, en comptant les radicaux de gauche. Les électeurs n’auront pas tenu rigueur, à la majorité présidentielle, du « tweetgate » de Valérie Trierweiler qui a mis l’Élysée et le PS dans l’embarras et qui aura finalement servi à redonner un intérêt médiatique à une élection qui en a manqué cruellement plutôt que de faire bouger des tendances déjà observées depuis longtemps.

S’il y a une gauche vainqueur, il ne faut pas oublier qu’il y a une gauche perdante également ; le Front de gauche (qui regroupe le Parti communiste et le Parti de gauche) n’obtient que 10 sièges et ne peut former de groupe parlementaire. Le P.C en 2007 avait à disposition une quinzaine de députés alors que l’Assemblée était à droite. Le vote utile ayant bien fonctionné, il semblerait que le PS ait empiété chez son voisin communiste. Le Front de gauche, orphelin de J-L Mélenchon durant la campagne de l’entre-deux-tours, n’aura pas réitéré son très bon score de la présidentielle, prouvant une fois de plus que le mode de scrutin des législatives ne laisse que très peu de possibilités aux partis minoritaires, mais prouvant surtout que son discours a du mal à passer dans les couches populaires. La cuisante défaite de son leader, face à Marine Lepen, dans une circonscription populaire, ne fait que confirmer cette thèse.

Les verts récupèrent 18 sièges et en gagnent 14 par rapport aux dernières élections. Même si ce score est historique pour un parti écologiste français, il ne faut pas occulter les circonstances dans lesquelles il fut acquis. Ces sièges sont plus l’œuvre d’un accord entre Europe Écologie Les Verts et le Parti Socialiste que d’une réelle adhésion populaire : cet accord signé par Martine Aubry et Cecile Duflot, à la veille des présidentielles, laissait un certain nombre de circonscriptions vides de candidats socialistes, afin de laisser la place aux verts en échange de leur soutien lors de la présidentielle, rendant le score des écolos mécaniquement plus élevé que par le passé .

François Bayrou,de son coté, échoue à sa réélection dans son fief du Béarn, le souhait de la droite aura été suivi par les électeurs : il fallait faire payer à F.Bayrou sa prise de position lors de l’entre deux tour de la campagne présidentielle. Engagé dans une triangulaire, le président du MoDem a vu le candidat de l’UMP refuser de se retirer afin de lui faire barrage . Le constat pour les 3 candidats ( Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, François Bayrou) des élections présidentielles de 2007 est terrible: la France a exprimé son envie d’un renouveau de la classe politique.

Enfin à droite, les fortunes sont diverses. Si la droite républicaine est en net repli, le FN, lui, fait son entrée au palais bourbon profitant du rejet de l’UMP et de la bonne campagne présidentielle de Marine Le Pen. Même si les deux députés d’extrême droite auront un rôle négligeable au sein de l’Assemblée Nationale, le symbole est fort puisque c’est la première fois depuis 1987 que des députés frontistes siégeront sur les bancs de l’Assemblée . La droit républicaine aura tenté de provoquer un sursaut, en mettant en garde la population contre le fait que la gauche, en cas de victoire, serait maître de tous les leviers de l’État. Dans cette défaite,  la plupart des proches de Nicolas Sarkozy, tout comme la moitié des députés de la droite populaire ont été sèchement battus, comme Nadine Morano, Claude Guéant ou encore Eric Raoult. La droite est aujourd’hui face à un tournant idéologique et historique : certains du côté de la droite populaire réclament un rapprochement avec le FN dans l’optique de gagner des électeurs, d’autres, du coté de la droite traditionnelle et sociale, prônent un retour au cordon sanitaire imposé notamment par Jacques Chirac. Le futur président de l’UMP aura la lourde tache de trancher la ligne politique du parti et d’éviter les divisions.

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Alexandre Panzani

Etudiant à la faculté Paris II panthéon-Assas , Passionné de Politique mais aussi d'Histoire et de cinéma Avec la collaboration d'Anastasia Karanfilovic (étudiante CPGE ENS Cachan )

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