L’impact du conflit entre sunnites et chiites dans la crise du Moyen-Orient

A chaque fois qu’il est mention de Daech, de la Syrie, de l’Irak, et plus généralement des pays du Moyen-Orient, on mentionne le conflit qui oppose les sunnites aux chiites, les deux principaux courants religieux de l’Islam. Et le fait est que la compréhension, même superficielle, de ce conflit entre co-religionnaires est essentielle pour détenir l’une des pièces du puzzle du drame quotidien qui se joue au Moyen-Orient et qui s’exporte aujourd’hui dans le monde par le biais des actes terroristes.

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Attention : Cet article n’a pas pour but d’être exhaustif sur les causes de la crise du Moyen-Orient. Le sujet est extraordinairement complexe, et même les experts de la géopolitique (ce que je ne suis pas) ont parfois des divergences d’appréciation sur la question. Nous allons simplement essayer de comprendre en quoi la rivalité entre sunnites et chiites entre en jeu.

Quelles différences entre sunnites et chiites ?

Pour commencer, voici un tableau qui présente de manière très synthétique les spécificités des deux courants religieux.

Sunnisme

Chiisme

Reconnaissent Abû Bakr (compagnon de Mahomet) comme premier calife et successeur de Mahomet Reconnaissent Ali (gendre et cousin de Mahomet) comme successeur de Mahomet
Environ 90 % des musulmans Environ 10 % des musulmans
Majoritaires notamment dans ces pays :

Arabie Saoudite : 85-90% de la population

Syrie : 80 % de la population

Majoritaires notamment dans ces pays

Iran : 90 % de la population

Irak : 65-70% de la population

Pour aller plus loin :

Ce qu’il faut bien réaliser, c’est que le sunnisme est pratiqué par plus de 90% des musulmans. Et alors qu’il est très largement majoritaire dans le monde musulman, deux pays font figure d’exception : l’Iran et l’Irak. En effet, la majorité de leur population est chiite.

En face, l’Arabie Saoudite est considéré par certains comme le « Vatican » du sunnisme. Ses larges moyens financiers (tirés de ses richesses pétrolières) lui permettent en effet de diffuser son idéologie par tous les moyens : intellectuels (impressions et traduction de livres religieux, diffusions de programmes audiovisuels, formation d’imams…) et guerriers (financement de groupes terroristes). Il faut savoir que l’Arabie Saoudite pratique plus précisément le wahhabisme, une déclinaison extrêmement rigoriste du sunnisme. La plupart des sunnites considèrent le wahhabisme comme une secte.

En quoi la rivalité entre sunnites et chiites influence-t-elle les conflits au Moyen-Orient

Maintenant que la différence entre les Sunnites et les Chiites est plus claire et que nous avons identifié leurs deux « champions », l’Arabie Saoudite et l’Iran, voyons en quoi cela joue sur les conflits actuels.

En Irak

Sadam Hussein était un dictateur issu de la minorité sunnite dans un Irak à majorité chiite. Lorsqu’il fut détrôné lors de l’invasion américaine en 2003, on plaça à la tête de l’Irak des membre de la communauté majoritaire chiite. Les Sunnites furent alors persécutés et les guerres interconfessionnelles reprirent. L’Irak chiite actuel est donc soutenu par l’Iran et combattu par l’Arabie saoudite. Il faut également savoir que la minorité sunnite est particulièrement importante dans le nord de l’Irak, ce qui constitua un terreau favorable à l’implantation de l’État islamique. Certaines populations accueillirent d’ailleurs les combattants de l’EI comme des libérateurs, avant que le piège ne se resserre.

En Syrie

Bachar El Assad est issu de la communauté Alaouite (une branche du Chiisme), minoritaire dans une Syrie majoritairement sunnite. Bachar El Assad est donc soutenu lui aussi par l’Iran, le Hezbollah libanais et combattu par l’Arabie Saoudite, qui a entre autres financé des terroristes pour s’attaquer au régime et qui plus tard incorporeront Daech.

L’État islamique

En Irak et en Syrie, les Sunnites en sont venu à être pris pour cible (dans un cas par la majorité chiite, dans l’autre par le régime de Bachar). La déstabilisation de l’Irak puis de la Syrie a permis à plusieurs groupes djihadistes de se côtoyer (ils furent notamment enfermés ensemble en Irak par les Américains et en Syrie par Bachar El Assad), de se mélanger et enfin de constituer un foyer qui finit par devenir un état constitué en juin 2014 lorsque Abou Bakr al-Baghdadi se proclama Calife et successeur de Mahomet selon la tradition sunnite.

L’Etat islamique pratique le salafisme djihadiste, un courant extrémiste qui prône un retour à un islam des origines et qu’on peut rattacher au sunnisme. Contrairement au salafisme pacifiste, l’Etat islamique mène le Djihad afin d’imposer la Charia (loi islamique).

L’idéologie de l’État islamique est très proche de celle de l’Arabie Saoudite (qui rappelons le pratique et propage le wahhabisme, une autre pratique rigoriste de l’Islam). C’est la raison pour laquelle selon de nombreux experts, nous devrions revoir nos relations avec ce pays qui joue un jeu décidément très trouble dans le conflit. Malheureusement pour le bon sens diplomatique, l’Arabie Saoudite est couchée sur les premières réserves de pétrole au monde…

Pour aller plus loin : L’Arabie saoudite, un Daesh qui a réussi

Conclusion

Comme je l’écrivais au début de cet article, il est tout simplement impossible de « vulgariser » la crise qui se déroule au Moyen-Orient. Les racines sont profondes et multiples. Mais incontestablement, le conflit entre sunnites et chiites y joue un rôle important, et j’espère que cet article vous aura permis d’y voir plus clair.

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Louis Derrac

Responsable Développement Éducation chez Tralalere, je suis passionné par l'éducation, la politique et adeptes de débats sans fins.

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