Les limites du droit de propriété

Alberto Toscano, un journaliste italien qui vit depuis 30 ans dans le Ve arrondissement a eu il y a quelques années cette jolie phrase pour caractériser notre capitale : « Paris est une ville de vieux et de riches ». Ce phénomène, éprouvé subjectivement par beaucoup et prouvé officiellement par les chiffres, est un réel problème pour le dynamisme de la ville lumière, et doit pour partie sa cause à un phénomène assez méconnu, et en tout cas largement éludé : le cas des logements inhabités. Coup de projecteur.

D’après les chiffres de l’Insee datant de 2009 et compilés par Data Publica, environ 8% des logements parisiens seraient vacants, et ce chiffre atteint plus de 14% si on y ajoute les logements secondaires (donc inhabités une grande partie de l’année).

logements-à-paris

Pourquoi les logements vacants sont-ils un problème ? Parce que dans le marché de l’offre et la demande, plus faible est l’offre (et plus grande est la demande) et plus les prix augmentent. Voici une carte qui affiche le pourcentage de logements vacants et secondaires à Paris :
paris-logements

Dans certains quartiers de Paris (Saint-Michel, Chatelet, etc.), le pourcentage de logements vacant monte à 30% du total de logement disponible. Aberrant quand on connait la crise du logement que connait la région Ile de France et plus particulièrement notre capitale !

Reprenons maintenant le problème de départ. Nous avons donc une ville dans laquelle les fortunes de ce monde (pas seulement françaises, mais aussi étrangères) investissent et n’habitent pas. Ce nombre toujours plus important de logements vacants – qui par conséquent ne sont pas mis à la location sur le marché – additionné aux catastrophiques plans de logements parisiens, contribuent à faire augmenter fortement les prix. Non seulement 14% des logements parisiens ne sont pas accessibles, mais le reste du parc immobilier subit une montée des prix que l’étudiant ou le jeune travailleur lambda ne peut tout simplement pas supporter.

Paris, la ville lumière, la ville mondiale, la ville chérie des touristes se retrouve peu à peu peuplée uniquement de ceux qui en ont les moyens. Les parisiens, dont l’âge moyen vieillit, supportent de moins en moins la nuisance sonore que représentent les bars et autres lieux de festoiement nocturne. Ceux-ci ferment de plus en plus tôt, quand ils ne sont pas simplement obligés de fermer, remplacés par des lieux plus convenables, et surtout moins bruyants (cafés, restaurants, etc.).

Ce qui m’amène à vous poser la question suivante : le droit de propriété est-il illimité ? Est-il acceptable que des logements, qui lorsqu’on y repense constituent le confort de base de la race humaine (on peut remonter aux hommes préhistoriques et leurs grottes à l’époque où ceux-ci étaient encore nomade et ne possédaient rien d’autre !) soient utilisées à des fins purement spéculatives, alors que la bourse et les marchés n’existent précisément que pour ça ? Serait-il aberrant d’obliger un propriétaire à louer ses biens immobiliers s’il ne les occupe pas lui-même ? J’aimerais avoir votre avis…

Dessin d’Ixène

Imprimer cet article

Louis Derrac

Responsable Développement Éducation chez Tralalere, je suis passionné par l'éducation, la politique et adeptes de débats sans fins.

Vous aimerez aussi...

  • Alexandre Barbier

    Article intéressant !
    Quelques réflexions sur ton analyse :

    – Il n’est pas possible d’avoir un taux de vacance de 0%, de nombreux logements sont par exemple en attente d’être détruits, pas encore vendus suite à un décès, mis en location au prix du marché sans trouver de locataire (même à Paris ça peut durer un ou deux mois).

    -Pour moi oui il est aberrant de forcer un propriétaire à louer son appartement, sur quels critères serait il obligé d’accepter de louer à quelqu’un ? Par contre il existe une taxe sur les logements vacants (apparemment pas assez dissuasive, bien que récente).

    Le problème du prix du logement à Paris n’est pas lié qu’aux logements vacants mais aussi à la concentration des emplois, au manque de foncier disponible et aux normes d’urbanisme (immeubles max 6 étages dans plein de quartiers), entre autres . Du coup le fait de jouer sur les logements vacants ma paraît la solution la plus facile à mettre en place, mais pas suffisante pour faire baisser les prix.