Les déficits, le véritable échec du gouvernement français

 

Les déficits dérapent, Bercy s'inquiète. Source: Challenges.fr

Les déficits dérapent, Bercy s’inquiète.
Source: Challenges.fr

François Hollande a fait des promesses, beaucoup de promesses. Malheureusement pour lui – et surtout pour nous – le président de la République n’a pas pu en tenir beaucoup. Sur le chômage d’abord. L’inversion de « la courbe du chômage » promise pour fin 2013 n’a pas eu lieu. Et elle ne devrait pas non plus survenir en 2014. Mais le véritable échec du gouvernement français est bel est bien la nouvelle envolée des déficits publics. Ces derniers, qui mesurent la différence entre les recettes et les dépenses de l’État, des collectivités territoriales et de la sécurité sociale sont en réalité le vrai camouflet pour le gouvernement. Bien plus que le chômage.

Preuve par les chiffres. Pendant la campagne présidentielle de 2012, le candidat François Hollande promettait de ramener le niveau des déficits publics à 3% du Produit Intérieur Brut (PIB) dès l’année 2013. Très rapidement, n’ayant pas constaté l’ampleur de la crise et dans l’incapacité de réaliser de véritables économies budgétaires, le gouvernement français renégociait un nouvel accord avec la Commission Européenne afin de ramener les déficits à 3% du PIB pour 2015. Cette fois ci, ça serait la bonne nous promettait le Président français, rappelant qu’il en allait de la crédibilité de la France de ramener les déficits dans les clous de Bruxelles. Finalement, les chiffres du déficit français sont mauvais depuis le début du quinquennat Hollande, comme ils l’ont été sous le présidence de Nicolas Sarkozy. Le déficit public atteignait 4,2% du PIB en 2013, il devrait atteindre 4,4% en 2014 selon le ministre des finances publiques Michel Sapin. Et seulement 4,3% en 2015… très loin de l’objectif des 3%. Pour rappel, 4% du PIB, cela représente 80 milliards d’euros, un véritable gouffre financier. L’objectif des 3% est désormais reporté à 2017 (contre 2013 au départ, rappelons le). Si l’on se fie cette fois aux prévisions gouvernementales, cela signifiera qu’entre 2013 et 2015, le ratio déficit public/ PIB aura augmenté. Et dire que certains se plaignent que le gouvernement français mène une politique d’austérité. On croit rêver.

Mais alors pourquoi les déficits français représentent le premier échec du gouvernement français, et non pas le chômage comme beaucoup peuvent le dire ? Parce que sur le front du chômage, « l’État ne peut pas tout » comme le rappelle la fameuse formule. C’est l’activité économique qui dicte le niveau du chômage, et non pas la puissance publique. L’État peut et doit essayer de stimuler l’activité économique mais il n’a pas de rôle direct sur le niveau de chômage, sauf via l’embauche de fonctionnaires et celle des « emplois aidés ». In fine ce sont bien les entreprises qui créent les emplois pérennes. Accuser uniquement l’État du chômage en France est donc exagéré et surtout mensonger.

En revanche, les pouvoirs publics sont responsables du niveau des déficits publics, puisqu’ils peuvent globalement maitriser le niveau de dépenses publiques et des prélèvements obligatoires. Le seul coupable des dérapages des déficits publics est donc le gouvernement français. Le gouvernement a promis 50 milliards d’économies dans les dépenses publiques d’ici à 2017. Même si plus « affaiblirait la croissance » comme aime le rappeler le gouvernement, on peut légitimement se demander si elles sont suffisantes. Pire, pour le moment, on ne voit pas le début du commencement de ces fameuses économies, qui sont pourtant indispensables au redressement du pays. Les dépenses publiques représentent près de 1 150 milliards d’euros en France (57% du PIB). Faire 50 milliards d’économie, cela représente à peine 4,5% du total de ces dépenses. C’est à la portée de notre pays.

Alors certes, Bercy a de bonnes excuses. Il est plus difficile de réduire les déficits quand la croissance est nulle et l’inflation très basse. Mais ce n’est pas impossible. Avec ce nouveau dérapage, la crédibilité de la France auprès de Bruxelles et des investisseurs étrangers en prend un coup. Pour le moment, la France emprunte sur les marchés financiers à des taux extrêmement bas, environ 1,4% aujourd’hui. Mais cela pourrait ne pas durer, surtout si le gouvernement continue à ne pas respecter ses engagements en matière de réduction des déficits publics. Si les taux devaient subitement augmenter, les conséquences seraient grandes pour la France. La charge de la dette exploserait et coûterait chaque année des milliards supplémentaires à l’État. Mais si les taux augmentaient, cela pousserait certainement le gouvernement à enfin mener les réformes structurelles qui libéreraient enfin la croissance en France – les retraites, les 35 heures, le marché du travail, le millefeuille territorial, la réforme de l’État etc. Alors, que faut il espérer ?

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Charles Derrac

Passionné de politique, d'économie et de sport.

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