Le PS sur les traces des sociaux-démocrates ?

La gauche est à l’Elysée pour la première fois depuis 17 ans et pour la troisième fois seulement depuis le début de la Vème République. Après la vague d’enthousiasme qu’a suscité la victoire socialiste, certaines interrogations demeurent, des questions auxquelles la campagne électorale n’aura pas répondu et qu’il convient au PS de se poser ; quelle politique adopter ? Est-ce une politique socialiste ? Ou une politique social-démocrate tournée vers le centre gauche?

Le « raz de marée » tant attendu n’a pas eu lieu le 6 mai dernier. François Hollande remporte l’élection présidentielle en ne rassemblant que 51,6% des suffrages, preuve une fois de plus que la gauche française ne parvient toujours pas à convaincre et à unir le peuple autour de son projet. La victoire de cette gauche, aussi historique soit-elle, ne doit pas dissimuler ses limites ; car dans un pays qui compte près de 65% d’anti-sarkozystes, le score de François Hollande n’est qu’une demie victoire qui, en plus de prouver le rejet de Nicolas Sarkozy, montre que l’adhésion du peuple au « Président entrant » est discutable (55% des électeurs de François Hollande auraient voté non pas pour lui , mais contre Nicolas Sarkozy). L’économiste Alain Minc parle « d’effraction » pour qualifier les trois victoires présidentielles du PS depuis 1958, d’ailleurs, aucun candidat socialiste n’a obtenu 58% des voix comme Georges Pompidou en 1969 ou 53% comme Nicolas Sarkozy en 2007.

Le parti socialiste français, placé au centre gauche du spectre politique, est l’un des partis politiques ayant le moins gouverné en Europe, l’accession au pouvoir des socialistes s’expliquant dans le passé par une division profonde de la droite (1997) ou par un rejet du candidat de cette même droite (1981 ou 2012)

La France, plus qu’ailleurs, reste ancrée dans la ruralité et se tourne historiquement et idéologiquement vers la droite. Hormis la part prépondérante du vote rural , la gauche française n’a jamais réellement su faire sa transition vers la gauche sociale-démocrate, celle des pays nordiques ou celle de l’Allemagne qui, par son recentrage, ratisse plus d’électeurs et accède mécaniquement plus au pouvoir. Après la chute du parti communiste, on aurait pu penser que le virage au centre se ferait naturellement dans les années 90 mais ça n’a pas été le cas. Lionel Jospin, ayant été élu à la tête du parti en 1994, la gauche « dur » en opposition à la gauche « molle » comme la qualifie Martine Aubry, pouvait dicter sa ligne politique. Après les échecs de 2002 et 2007, tout le monde aurait pu croire que François Hollande aurait choisi une stratégie plus centriste pour faire campagne, celle qu’il avait adoptée lors des primaires socialistes, mais il s’est contenté d’imposer un duel droite-gauche classique , depuis les années 70 (embauche de 60 000 fonctionnaires, taxation des plus hauts revenus à 75%, refus d’inscrire la règle d’or dans la constitution)

L’élection passée, on peut désormais imaginer que Francois Hollande sera contraint d’adopter une ligne politique plus centriste et plus proche de l’idéologie sociale-démocrate pour deux raison :

D’abord parce que François Hollande est résolument et idéologiquement tourné vers le centre ; ses idées rejoignent davantage la sociale-démocratie européenne que le parti socialiste français traditionnel. Après avoir mené une campagne très au centre lors des primaires citoyennes, ce qui lui aura valu le qualificatif de « gauche  molle  » , il a effectué un virage à bâbord au moment de la présidentielle face à la menace de Jean-Luc Mélenchon (candidat du Front de Gauche). Pour celui qui fut un fervent partisan de la candidature de Jacques Delors pour le poste de 1er secrétaire du parti socialiste en 1994, ou pour le diplômé d’HEC, il est inimaginable de gouverner autrement qu’au centre.

Mais aussi parce que la situation des finances de l’État l’impose. François Hollande est, quoi qu’il arrive, contraint de réduire le déficit à près de 0% du PIB d’ici 2017, cela le forçant à se recentrer. Face à ce bilan, le nouveau président , a bien compris qu’il ne pourrait pas faire de « cadeaux ». Ainsi, il n’augmentera pas le SMIC comme l’avait proposé Ségolène Royal en 2007 mais renforcera de manière conséquente le taux d’imposition des hauts revenus. Cette mesure, plus électoraliste qu’idéologique, vise d’abord à contenter l’aile gauche du parti socialiste, et évite d’effectuer de nouvelles dépenses.

Fabius-Hollande

En plus de cela, Hollande a choisi des ministres connus pour leur pragmatisme et leur modération politique ; Pierre Moscovici, proche notamment de Dominique Strauss Khan, a tous les atouts pour rassurer les marchés financiers, Laurent Fabius à qui Mitterrand avait confié Matignon en 1983, a prouvé face aux difficultés financières qu’il pouvait, en temps de crise, mener une politique de rigueur budgétaire, enfin, Michel Sapin ancien ministre de l’économie, connaît les réalités financières de la France et l’impossibilité d’appliquer le programme socialiste. Sans oublier bien sur, l’éviction de Martine Aubry du gouvernement pour ne pas sombrer dans une «gauche sectaire ».

L’une des rares mesures pouvant être qualifiée « d’idéologique » et qui se rapprocherait alors davantage du parti socialiste « dur », est la création d’un pacte de croissance . Le nouveau Président, se démarquant de la droite, veut conditionner la réduction des dépenses à la croissance économique et clamer son opposition à l’austérité imposée par Angela Merkel. Une fois de plus, cette mesure ne saurait l’éliminer du cercle des sociaux-démocrates européens puisqu’il est en parfait accord sur ce point avec le SPD allemand, l’OCDE, et de façon plus surprenante, avec Barack Obama qui s’est prononcé en faveur de la croissance en Europe le week-end dernier à Camp David.

François Hollande est le moins à gauche des socialistes, cela suffit-il pour faire de lui un social-démocrate ? Si ce n’est pas le cas, il y a fort à parier que la conjoncture économique française mais aussi européenne le forcera à s’en rapprocher et à marquer une rupture avec l’idéologie traditionnelle du parti socialiste. Le PS qui n’a jamais su transiter vers la social-démocratie le fera sans doute de façon forcée, brutale, non pas par compétition électorale mais par l’exercice du pouvoir qui, en période de crise, ne laisse que très peu de marge de manœuvre.

Si cette transition fonctionne on peut imaginer qu’à l’avenir, l’alternance sera bien plus présente qu’elle ne le fût au cours de ces 50 dernières années.

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Alexandre Panzani

Etudiant à la faculté Paris II panthéon-Assas , Passionné de Politique mais aussi d'Histoire et de cinéma Avec la collaboration d'Anastasia Karanfilovic (étudiante CPGE ENS Cachan )

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  • Charles

    très bel article, bien écrit, moins partisan que moi je trouve :p Je partage totalement ta vision des choses sur le fait que Hollande est clairement plus social démocrate à l’allemande que socialiste et tant mieux d’ailleurs! Espérons que la crise le fasse axer son programme sur les vrais enjeux et que la gauche du parti et le FDG ne le poussent pas à conserver un programme et une vision archaïque du monde.

  • henry

    on se demande ce qu’apporte anastasia ?

    • Alex panza

      Disons que c’est un travail d’équipe , je rédige un premier jet avant que l’article ne soit retravaillé sur la forme grâce à la participation active d’Anastasia .

  • BM

    Article très agréable à lire, et intéressant en ce qu’il ne se focalise pas sur un instant T de l’effervescence politique, mais nourrit une réelle réflexion sur l’évolution du PS.
    Dommage cependant qu’il affiche un tel parti pris (pas toujours utile au débat) ! …

    • Salut BM,
      Bienvenue sur retrospektives.fr. Comme tu peux le constater en te référant à l’à propos du site, chaque article est écrit ici de manière totalement subjective, permettant à l’auteur d’exprimer ses propres opinions, sur un sujet politique ou autre. Après rien n’empêche un débat sur la question, avec des opinions différentes voire opposées : c’est d’ailleurs le but.
      Sur ce, je te souhaite une bonne fin de journée !

  • Xavier

    Bonne article meme si ya une petite faute au debut ( Mitterrand a fait 54% en 1988)
    et puis t aurait pus citer De Gaule avec 55% en 1965.