Hollande-Merkel, des stratégies de croissance différentes pour l’Europe: qui a raison?

Le nouveau président français va-t-il faire le poids face à Merkel?

François Hollande, tout fraîchement élu président de la République Française, veut lancer le début de son mandat sur les questions européennes. Et à juste titre, car l’Europe n’a jamais été autant au cœur des enjeux nationaux qu’aujourd’hui. Il entend entrer directement dans le vif du sujet et donc sur la crise de la zone euro et donc du nouveau Traité Européen qui, quelques mois après avoir été accepté par tous les pays de la zone euro, est déjà contesté par le tout nouveau président français.

Pourquoi donc? Hollande reproche à ce traité, qui porte un très fort accent allemand, de n’aborder que les questions portant sur le pacte budgétaire, plus précisément un « pacte disciplinaire », qui demande à tous les pays européens en situation difficile de réduire leurs dettes, parfois de façon drastique, pour leur permettre d’éviter la faillite (et tout ce qui va avec). Hollande veut donc renégocier ce traité et rajouter une dimension « croissance », ce que réfute totalement l’Allemagne. En effet, dans l’orthodoxie allemande, parler de croissance signifie dépenser plus, et donc le plus souvent creuser les déficits. De la même façon, l’Allemagne refuse de modifier le mandat de la BCE, que certains aimeraient plus laxiste et qui puisse autoriser le prêt direct aux États, avec des taux d’intérêts nuls ou très faibles. Pour l’instant, l’Allemagne exclue donc la renégociation du traité car elle ne veut pas de « croissance à crédit », et donc une croissance qui s’appuierait sur l’augmentation de la dette pour exister.

Quelles stratégies de croissance adopter? Une croissance à la Hollande? Ou plutôt une croissance à la Merkel? Je m’explique. Hollande souhaite une croissance économique qui s’appuie sur la relance budgétaire et monétaire (donc essentiellement des politiques keynésiennes). Forte hausse des impôts pour les ménages et les entreprises (pour un montant de 29 milliards) pour mieux redistribuer les ressources par la suite, forte augmentation du nombre de fonctionnaires (60 000 postes dans l’éducation) et donc renforcement de la puissance publique, sans oublier le « contrat de génération » pour favoriser l’emploi, sont au programme de la « croissance » made in Hollande. Côté allemand, on veut une croissance qui ne touche pas aux déficits et qui se veut saine, une croissance sans hausse des dépenses et sans hausse d’impôts. Il faut dire que l’Allemagne a réformé largement son pays il y a plus de 10 ans pour mieux faire face à la mondialisation, ce que la France a refusé de faire. Bref, l’Allemagne n’a pas les mêmes problèmes que les autres pays d’Europe, elle n’a pas ou peu de problèmes de déficits, un chômage faible et une croissance soutenue par ses exportations. La chancelière Merkel demande donc aux autres pays « d’imiter » le sien, avec son bilan pour preuve. Elle propose donc à ces pays, dont fait partie la France, de revoir complètement leurs modes de croissance et donc le rôle que l’Etat doit jouer dans l’économie.

Pour moi, il n’y a pas photo entre ces 2 stratégies. La solution française de relance conjoncturelle keynésienne par la hausse des dépenses publiques n’est pas la solution. Même si, il faut le souligner, le programme socialiste est pour la première fois de son histoire plus ou moins réaliste, ne proposant pas par exemple un SMIC à 1500€ comme l’aurait fait madame Royale en 2007. En France, la croissance ne pourra se faire sans réformes structurelles, qui prendront du temps avant d’être efficaces, mais absolument nécessaires. C’est la raison pour laquelle je pensais que Sarkozy répondait mieux aux nouveaux enjeux européens et mondiaux et qu’il aurait donc été un meilleur président que Hollande en ces temps troublés. Malheureusement, les français ne l’ont pas vu de cet œil.

Alors pourquoi la stratégie de croissance de Hollande n’est pas la bonne et pourquoi en faut-il une autre? François Hollande propose une hausse drastique des impôts alors que la France est déjà le seul grand pays qui a le niveau d’imposition le plus élevé (je ne conteste pas le fait qu’il faille augmenter les impôts sur les plus aisés, bien que je pense que la tranche à 75% soit totalement démagogique et inutile). Hollande propose aussi d’augmenter le nombre de fonctionnaires alors qu’il en faudrait encore moins et plutôt restructurer drastiquement le rôle à jouer de l’État. Il veut aussi revenir sur la réforme des retraites alors que celle-ci est vue par les observateurs comme une des grandes réformes faites par Sarkozy au cours de son mandat. La France est le dernier pays du monde (enfin la gauche française surtout) qui refuse d’admettre qu’il faut dépasser cette archaïsme sur les retraites à 60 ans car la situation financière du pays l’exige mais surtout car l’espérance de vie augmente chaque année de 3 mois. Heureusement, la situation financière du pays fait qu’il sera impossible pour Hollande de réaliser ne serait-ce que la moitié de son programme économique, et c’est peut être un mal pour un bien.

Comment donc concilier croissance économique et rigueur? En France, les plans d’austérités du gouvernement Fillon en 2011 n’ont pas affaibli la croissance, au contraire elle n’avait jamais atteint ce niveau (de 1,7% du PIB) depuis quelques années tandis que le déficit français a, lui aussi, largement reculé en 2011, au delà des espérances de l’État. En France, les dépenses publiques représentent 55% du PIB, quand elles sont seulement à 45% en Allemagne. Preuve que le niveau de dépenses publiques d’un pays n’a que peu de rapport avec le croissance et la bonne santé économique. Aux oubliettes, donc, Mélenchon et son programme complétement démentiel de hausse des dépenses. Il y a donc de la marge de manœuvre en France et l’on peut largement réduire les dépenses publiques sans compromettre la croissance potentielle du pays.

Il faut donc réformer structurellement le pays et l’Etat lui même. Et donc suivre le modèle allemand de croissance et le modèle proposé par la BCE de Mario Draghi. En effet, quand le gouverneur de la BCE parle de « croissance », il ne propose cependant pas du tout les mêmes moyens que le président français pour y accéder. Quel modèle de croissance pour l’Europe donc? Un modèle qui se base plus sur les politiques d’offre, qui relancerait la production nationale en soutenant les entreprises et qui créerait donc de l’emploi. Il faut donc un modèle de croissance plus libérale, bien que le libéralisme économique soit fortement critiqué en France. Imposer les entreprises encore plus semble donc être une mauvaise idée, il vaudrait mieux réduire leurs coûts pour leur permettre d’être plus compétitives. De plus, l’histoire a montré que mener des politiques de relance seul, tandis que les autres pays pratiquent l’austérité, est fortement néfaste (cf. Mitterrand en 1981 qui s’est vite rabattu sur la rigueur en 1983). La France n’a pas un problème de demande, au contraire stimuler celle ci n’augmenterait que les importations et creuserait donc les déficits extérieurs et la dette. La France doit donc plus fortement soutenir les entreprises innovantes, créatrices d’emplois et sources de compétitivité. La réforme des retraites était une vraie réforme structurelle, qui est nécessaire. Malheureusement, le programme de Monsieur Hollande veut revenir sur cette réforme. Heureusement, la conjoncture internationale fait qu’il lui sera difficile de tenir ses promesses électorales.

Il y encore tant d’autres choses à dire sur ce sujet, notamment le rôle que doit jouer la BCE sur l’activité économique, la mutualisation des dettes, et bien d’autres. Je traiterai donc certainement de ces sujets dans d’autres articles. Pour conclure, je pense donc que la stratégie de croissance que propose François Hollande n’est pas la bonne. Cependant, la crise européenne, qui repart de plus belle, va surement le ramener à la réalité et l’obliger à proposer un programme vraiment réaliste. Une politique de discipline budgétaire est absolument nécessaire, elle ne remet pas en cause la croissance que tous les pays européens souhaitent. À bon entendeur…

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Charles Derrac

Passionné de politique, d'économie et de sport.

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