France: et si l’on parlait du chômage?

La lutte contre le terrorisme ne doit pas nous faire oublier l’autre fléau français: le chômage. Il est le responsable de notre déclin économique et doit être ardemment combattu. Les solutions existent: il faut maintenant les appliquer.

« La France est en guerre », a déclaré le Président de la République François Hollande lors du congrès à Versailles le 16 novembre dernier. La lutte contre le terrorisme est certes le principal défi auquel doit faire face la France dans les mois et les années à venir. Il ne faut pourtant pas oublier la principale cause de la misère sociale en France: le chômage.

Le prix Nobel d'Economie français, Jean Tirole

Le prix Nobel d’Economie français, Jean Tirole

Car la situation du chômage est en effet préoccupante. Selon L’Insee, la France comptait 3 574 800 chômeurs à la fin du mois de novembre, en augmentation de 2,5% sur un an. Le nombre de chômeurs en catégorie A, B et C s’élève lui à un niveau historique: 5 442 500, en hausse de plus de 5% sur un an.

Déjà en 1993, le chômage atteignait des niveaux similaires. Et le Président de la République de l’époque François Mitterrand de déclarer: « Dans la lutte contre le chômage, on a tout essayé ». Une phrase qui avait fait polémique. Et que son successeur aujourd’hui ne s’est pas risqué de redire. A raison. En effet, les gouvernements successifs n’ont pas tout fait pour faire baisser durablement le chômage en France.

Concernant les emplois subventionnés, la France a tout essayé. Et ce fut presque à chaque fois un échec. Les emplois aidés ne peuvent pas être une solution pérenne. Ils n’ont que peu fonctionné, ne fonctionnent pas mieux sous la présidence de M. Hollande. Une étude de l’Insee publiée en juillet dernier délivre un constat implacable: « l’effet moyen d’un passage par un contrat du secteur non marchand est significativement négatif sur le taux d’accès à l’emploi non aidé à moyen terme ». La solution au problème du chômage ne viendra pas par là.

La baisse durable du chômage ne se déclenchera que lorsque le gouvernement aura fait le choix du courage: réformer en profondeur le marché du travail. Certaines mesures peuvent et doivent voir le jour d’ici à 2017. Il faut poursuivre et accentuer la réforme du marché du travail entreprise en 2013 par le gouvernement. C’est d’ailleurs le souhait de Manuel Valls. Le Premier Ministre promet un nouveau texte avant l’été 2016 et une révision profonde du code du travail.

Un contrat de travail unique?

Il faut cependant aller beaucoup plus loin. L’économiste de l’Ecole d’Economie de Paris et ex-conseiller économique de Pierre Moscovici Jean-Olivier Hairault a écrit un livre choc  – Ce modèle social que le monde ne nous envie plus – en début d’année 2015 où il explique comment « La France a fait le choix du non-travail ». Il préconise une liste de réformes à mettre en place au plus vite: suppression des 35 heures, augmentation de l’âge de départ à la retraite, dégressivité des allocations chômage et enfin la création d’un SMIC jeune moins élevé que le SMIC actuel mais qui permettrait aux jeunes de trouver un emploi plus facilement (il ne faut jamais oublier qu’un quart des jeunes en situation de travailler sont au chômage). Toutes ces mesures ne seront pas mises en place d’ici 2017 par faute de courage politique. Certaines devraient pourtant l’être.

Un autre économiste et pas des moindres a pris position dans ce débat public. Jean Tirole, professeur à l’Ecole d’Economie de Toulouse et prix Nobel d’économie, propose la création d’un contrat de travail unique. L’idée est de fusionner le CDD et le CDI en un seul contrat. Tirole part du postulat que la difficulté de licencier en France rend le recrutement également plus compliqué. Le moindre recrutement affaiblit la productivité et donc augmente le chômage. La conclusion de l’économiste est qu’il faut rendre le licenciement libre afin d’inciter les entreprises à embaucher. Des licenciements plus faciles, mais également plus coûteux. Les entreprises qui licencient «doivent supporter le coût social qu’elles imposent à la société». L’idée derrière est que les entreprises payeraient les cotisations non pas seulement en fonction du nombre de salariés mais également en fonction de leur comportement en matière de licenciement. Cela fait maintenant plus de 10 années que Jean Tirole a fait cette proposition. Pour le moment pas entendu par les gouvernements successifs. Il serait peut être temps d’écouter les économistes, surtout quand ceux ci sont autant reconnus par leurs pairs.

Ainsi, les solutions existent pour lutter contre le chômage. Elles sont souvent promises mais jamais réalisées. Il s’agit désormais de franchir le pas. La gauche a eu le courage de commencer la réforme du marché du travail. Elle doit poursuivre les efforts d’ici à l’élection présidentielle en 2017. Libérer le marché du travail pour réduire substantiellement le chômage. Telle sera la tâche du prochain Président de la République française. Celle qui lui permettra d’entrer dans l’histoire. Celle qui participera le plus au redressement de la France.

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Charles Derrac

Passionné de politique, d'économie et de sport.

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