Et si Romney gagnait, ça changerait quoi?

Dans moins de deux semaines nous saurons qui sera le prochain président des États-Unis d’Amérique, 1ère puissance économique et militaire du monde. Le vainqueur aura donc un rôle crucial à jouer dans les 4 années à venir pour sortir son propre pays de la crise, mais aussi et surtout le monde entier. Deux candidats aux tempéraments différents s’opposent: Mitt Romney, le challenger républicain, et Barack Obama, le candidat démocrate sortant, toujours plus ou moins favori des sondages, du moins au niveau des grands électeurs et dans les États clés « Swing State »  (ce qui est le plus important).

M. Obama jouit d’une très forte popularité en France et en Europe, notamment grâce à l’enthousiasme qu’a suscité son élection en 2008, notamment au travers des promesses qu’il avait faites. Cependant, son bilan n’est pas tout rose, et c’est d’ailleurs pour cela qu’il est mis en difficulté aux USA pour sa réélection. Parmi les bons points, il a « sauvé » l’automobile américaine, il a créé un système de santé plus juste (L’Obamacare que les républicains promettent de supprimer quand ils seront au pouvoir), et il a « tué » Ben Laden. Parmi les mauvais points, il n’a pas fermé Guantánamo (alors que cette promesse était attendue dans le monde entier), il n’a pas su assez réformer le système financier américain et Wall Street, qui restent les maitres du jeu financier aux USA. De plus, le bilan économique est mauvais : le taux de chômage est certes le même qu’en 2008, mais le nombre de chômeurs est bien plus élevé, la dette publique américaine dépasse désormais largement les 100% du PIB et les États-Unis ont perdu le triple A.

Cependant, le but de cet article n’est pas de faire un bilan des 4 ans de Barack Obama, mais bien de s’intéresser à son challenger Mitt Romney, souvent caricaturé à raison comme un candidat ultra-libéral et ultra-conservateur. Il s’agit donc ici de voir et d’analyser quel impact aurait la victoire de Mitt Romney sur la politique intérieure et extérieure aux États-Unis.

Pour cela, étudions rapidement les grandes lignes du programme du candidat républicain.

Au niveau des « valeurs », Mitt Romney est plutôt très conservateur, voire ultra-conservateur, comme le diraient ses détracteurs. En effet, Romney profite d’une population américaine très religieuse (lui d’ailleurs est mormon) et chrétienne pour proposer des mesures qui peuvent paraitre effrayantes, quand on voit ce que certains de ses soutiens peuvent en dire. L’exemple le plus frappant est celui du droit ou non à l’avortement. Les républicains sont très fortement contre le droit à l’avortement pour les jeunes filles sous le prétexte qu’on ne pourrait pas « tuer un enfant de Dieu » (même si il est au stade de l’embryon!). Pire, certains élus avancent même que le viol sur un femme est une méthode de conception d’un enfant comme une autre et donc que la femme ne devrait pas non plus avorter. Les républicains sont pour la peine de mort dans tous les États de leur pays. On comprend que ce côté ultra-conservateur fasse fuir les Européens, beaucoup plus progressistes dans l’ensemble que les Américains. D’ailleurs, si Romney et Obama s’opposaient aujourd’hui en France, ce dernier s’imposerait certainement avec 80% des voix avec un consensus droite gauche! Mais l’Europe n’est pas l’Amérique, sachons le. Ainsi, si Romney l’emportait, les USA auraient une image de pays archaïque, dépassé, qui ne respecte que peu les droits des femmes dans le monde, ce qui n’est souhaitable ni pour eux, ni pour nous, surtout quand les États-Unis veulent faire des leçons de morale et de laïcité, notamment aux pays arabes.

Au niveau économique, Mitt Romney est un candidat pour le moins libéral, et anti-étatiste. Là encore, le républicain profite d’une grande partie des Américains toujours suspicieux envers l’État fédéral, qui ne serait que peu légitime et qui spolierait le peuple par ses impôts. En France, Nicolas Sarkozy a été accusé (souvent à tord) d’être le candidat des riches, mais si tel est le cas, qu’en est il de Mitt Romney? En effet, celui ci promet de fortement réduire les impôts des plus riches et des grandes entreprises (s’appuyant sur les travaux des économistes de l’offre, notamment Laffer, et assure vouloir imiter la politique économique de Reagan dans les années 1980) afin de relancer l’investissement privé. Par ailleurs, Romney promet de « casser » l’Obamacare, ou au moins de le réduire de sa substance, puisque celui-ci couterait trop cher à l’État et ne créerait que des « assistés » (en référence à la vidéo des 47% de la population qui serait obligé de voter pour Obama puisque assistée) qui profiterait du système sans avoir une réelle volonté de s’en sortir. Poussé par sa droite et notamment le Tea-Party qui est de plus en plus puissant aux États-Unis, Mitt Romney a donc choisi un programme économique radical. Les conséquences de la victoire de Mitt Romney n’en seraient pas moins radicales. Soit l’économie américaine est fortement relancée par cette politique libérale en faveur de l’offre. Soit, au contraire, et c’est malheureusement le scénario le plus probable, cette politique casse complétement l’économie via l’effondrement de la demande et ne ferait que creuser encore plus la dette publique américaine ainsi que le chômage. Ainsi, l’élection de Mitt Romney ne serait pas forcément souhaitable pour l’économie américaine et mondiale.


Romney n’en fait pas il trop ?

Sur le plan de la politique extérieure, Obama et Romney divergent plus sur la forme que sur le fond. Romney a l’avantage pour lui qu’il n’a pas de bilan à défendre, quand celui du président sortant n’est pas forcément très bon. Mitt Romney, encore plus que Barack Obama, est un fervent défenseur d’Israël dans la région (d’ailleurs il n’est désormais plus qu’un secret de polichinelle que le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu soutient la candidature du républicain). Comme Obama, Romney a un discours très ferme vis à vis de l’Iran. Tout faire pour que l’Iran ne possède pas l’arme nucléaire fait consensus au États-Unis, comme c’est le cas en Europe. Romney a promis des sanctions très sévères vis à vis de l’Iran, voire un soutien militaire si Israël est contraint d’attaquer Téhéran.

Mitt Romney porte un discours très impérialiste et veut redonner à son pays un prestige à l’international ainsi qu’une crainte pour les pays ennemis. Comme le disent souvent ses conseillers politiques: « Le déclin est un choix. Ce n’est pas nécessairement notre destinée ». Les républicains cherchent à dénoncer la « passivité » et le « laxisme » d’Obama en matière de politique étrangère. L’américain moyen étant très patriote, voir son pays « dominer » le monde ne peut que lui plaire. Le fait de montrer qu’Obama a fait devenir les États-Unis un pays banal est donc un angle d’attaque très fructueux électoralement. Ainsi, Romney serait peut être source de tension diplomatique, notamment vis à vis du monde arabe et du proche-orient mais aussi avec la Chine, à qui il ne veut pas laisser le leadership économique de demain. Romney accuse la Chine de « manipuler sa monnaie » afin de favoriser ses exportations et donc au détriment de l’économie américaine qui voit son déficit commercial augmenter. Enfin, le candidat républicain est aussi très sévère avec la Russie de Vladimir Poutine, qui ne peut être considéré comme un pays démocratique pour celui-ci.

 En conclusion, en cas d’élection de Mitt Romney il existe deux scénarios économiques. Ou l’Amérique se redressera très fortement via une économie libérale qui aura fonctionné notamment via le retour de la confiance et la baisse de la dette publique. Ou au contraire elle s’enlisera, voire s’effondrera dès lors que cette politique n’aura pas fonctionné et que la forte baisse des dépenses publiques voulue par Romney aura eu un effet très négatif sur la consommation et l’investissement national. Au niveau de la politique extérieure, l’élection de Romney serait source de tensions diplomatiques ce qui n’est pas forcément souhaitable en période de crise économique mondiale.

Laisser à Obama une seconde chance et un second mandat pour qu’il continue les réformes qu’il a commencées est certainement la décision la plus sage…

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Charles Derrac

Passionné de politique, d'économie et de sport.

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