Disiz : le retour réussi d’un éternel challenger

Souvenez-vous. Pendant l’été 2000, un rappeur au surnom d’énervé envahissait les ondes et les téléviseurs avec son titre « J’pète les plombs », vaste défouloir dans lequel un braquage pour un cheeseburger côtoyait une attaque au harpon. Avec ce titre, Disiz la peste frappa fort et les retombées ne se firent pas attendre puisque l’album, sorti en octobre de la même année et dont était extrait « J’pète les plombs », se vendit à 200 000 exemplaires (500 000 pour le single).  Un excellent résultat donc pour un premier essai et tous les éléments étaient réunis pour que ce jeune rappeur de 22 ans (à l’époque) fasse une belle carrière dans le rap.

Car Disiz la peste ne sortait pas de nulle part. Membre des Rimeurs à gages (avec, entre autres, JM Dee et Moci) et ayant déjà sorti un maxi un an auparavant, le MC (Maître de Cérémonie) disposait d’un niveau d’expérience suffisant pour lancer sa carrière solo. D’autant que sa couverture médiatique de l’époque fut assurée par son apparition sur la bande originale du film Taxi 2 aux côtés de Taïro et Nuttea.

Seulement voilà, en 2010, alors qu’il sort son cinquième album, Disiz the End, force est d’admettre que l’artiste n’aura pas tout à fait eu le parcours et la renommée qu’on lui prédisait.

Comment Sérigne M’Baye Gueye (son vrai nom) en est-il arrivé là?  Malheureusement pour l’artiste on peut trouver beaucoup de raisons à ce semi-échec. Son côté « petit garçon sage », tout d’abord, lui aura valu de perdre une partie de son public qui avait apprécié le premier album.  Pêchant parfois par excès de zèle, l’artiste tombait parfois maladroitement dans un moralisme simpliste et une auto-satisfaction parfois déplacée.

En outre, sa récupération par les médias ne l’a pas non plus franchement aidé à s’attirer les faveurs du public. Que ce soit pendant les émeutes de 2005 ou à l’occasion des présidentielles en 2007, Disiz la peste faisait parfois davantage penser à une « minorité de représentation » qu’à un simple artiste engagé.

À cela s’ajoute une propension de l’artiste à s’éparpiller sur de nombreux projets, au risque de n’exceller dans aucun. Ainsi, il crée sa propre marque de vêtement entre 2001 et 2003, apparaît dans un film et un téléfilm en 2005 et 2006 respectivement, poursuit une carrière au Sénégal et se lance également dans un groupe electro/rap, notamment avec Grems (un autre rappeur).

Enfin, il manquait au MC un album « référence » qui lui aurait permis d’inscrire son nom dans la mémoire collective et, ainsi, accéder à un statut plus établi dans le paysage du rap français.

Le premier tube de Disiz la peste : « J’pète les plombs »

httpv://www.youtube.com/watch?v=vxAhdj4lUGc

Tout cela nous ramène donc en 2010, lorsque Disiz the end sort, annoncé comme le dernier album de l’artiste en tant que rappeur, celui-ci s’orientant vers une carrière plus rock. Disiz nous explique alors dans celui-ci que ce choix est motivé par des raisons personnelles : que ce soit des soucis d’argent, l’orientation prise par le rap, ou des pressions subies par des maitres-chanteurs menaçant sa famille, Sérigne était résolu à tourner la page.

Ce qu’il fit avec un succès limité en sortant Le ventre du crocodile (sous le nom de scène de Peter Punk) qui, sans être un succès critique ou commercial, avait au moins le mérite de nous faire voir une nouvelle facette du MC.

Deux ans après, alors que Disiz faisait davantage partie du passé que de l’actualité, c’est finalement comme un choc qu’a été vécu le retour de l’enfant prodige dans la sainte arène du rap français. Avec une annonce simultanée d’un livre, « René », d’un EP et d’un album, l’artiste a décidé de frapper vite et fort. Et à raison ! Car c’est peut-être ce qu’il lui manquait. Réussir à gommer cette image un peu lisse et sans saveur par un retour fracassant lui permettant de s’affirmer pleinement dans un milieu rap déjà surpeuplé.

Fracassant est certainement le terme le plus approprié et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que le MC et son équipe ont parfaitement joué le jeu de la communication. S’aidant grandement des réseaux sociaux, et particulièrement de facebook, ils ont ainsi dévoilé pas moins de sept clips vidéo en un peu plus de quatre mois. Un chiffre impressionnant lorsque l’on sait qu’associer une chanson avec un clip augmente grandement sa diffusion et son exposition.

En plus de cela, Disiz a bien compris tout l’intérêt qu’il avait à collaborer avec des artistes en vogue de la nouvelle génération, notamment les rappeurs du groupe 1995. Sur son EP intitulé Lucide et constitué de huit titres, on retrouve en effet deux morceaux sur lesquels Disiz partage le micro avec Alpha Wann et Areno Jaz (pour « Gagne pain ») ou Nekfeu et Sneazzy West (pour « Validé »). Que cette collaboration soit intéressée ou non, les conséquences de ce choix reste positives pour l’artiste puisqu’il a pu approcher un public qui n’était pas acquis à sa cause auparavant.

En dehors de toutes considérations marketing, il faut également noter que le succès du retour de Disiz s’est fait grâce à la qualité des morceaux sortis. Que ce soit les titres inédits, comme « Le poids d’un gravillon » et sa reprise de « Midnight City » de M83, ou ceux présents sur Lucide (l’excellent « Toussa Toussa ») le MC n’aura pas ménagé sa peine pour lancer un souffle d’air frais sur le rap de France. Dans la même lignée qu’un Youssoupha et la vague d’amour et de paix qu’il a apporté avec son album Noir D****, Disiz « porte l’amour comme une torche au milieu du vent » et le fait bien.

Quoi qu’il se soit passé pendant son absence, il faut reconnaître que c’est un artiste bien plus mâture et, peut-être, plus épanoui qui se présente face à nous. La plume est mûre et travaillée, les prod’ sont efficaces et même l’artiste a changé ; lui qui peinait auparavant à formuler ses idées en interview se trouve désormais très à l’aise lorsque l’objectif est pointé sur lui ce qui lui a permis de porter son projet plus efficacement.

Enfin, ce qui a permis à l’artiste de revenir avec autant de succès sur le devant de la scène c’est aussi la proximité qu’il a entretenue avec son public. Organisant fréquemment des séances d’autographes (pour son livre ou son EP) ainsi que des discussions collectives sur son compte facebook, il a ainsi pu se tenir directement informé des retours concernant sa musique tout en fidélisant un peu plus ses auditeurs.

La renaissance de Disiz a donc été une franche réussite. Bien orchestrée et portée par un projet de qualité, elle ne peut augurer que du bon pour le sortie prochaine (fin 2012 normalement) de l’album Extra-lucide. Quant à Disiz, il est parvenu à accomplir en quelques mois le but qu’il a eu pendant dix ans : se créer une identité suffisamment forte pour sortir de la masse et ainsi accéder au statut qu’il mérite.

L’attente va donc être longue jusqu’à Extra-Lucide

Retour en fanfare avec, notamment, « Shadow Boxing »:

httpv://www.youtube.com/watch?v=J1qtpNFs_aI

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