David Cameron rempile pour 5 ans, pas si surprenant que cela

David Cameron rempile pour 5 ans Source: flickr

David Cameron rempile pour 5 ans
Source: flickr

Hier soir, 22 heures à Londres. Les élections générales en Grande-Bretagne livrent enfin leurs résultats. Enorme choc lorsque l’on voit les premières estimations de la BBC. Tous les pronostics sont déjoués. Les conservateurs se dirigent vers une large victoire – victoire confirmée aujourd’hui. Et pourtant, cette campagne n’a pas été un long fleuve tranquille pour le parti de David Cameron. Il y a encore un mois, certains sondages créditaient le Labour de 37% des votes, contre seulement 31% pour les Tories. Quelques jours avant l’élection, ils donnaient les deux partis au coude à coude, avec une courte tête en terme de sièges pour les conservateurs. Mais personne n’imaginait voir les Tories dépasser les 300 sièges à la Chambre des Communes. Encore moins être en capacité de gouverner seul. Au final, ils obtiennent 37% des suffrages et la majorité absolue avec 331 sièges. Soit presque 100 de plus que leur rival. Le Labour s’effondre et perd plus de 20 sièges par rapport à 2010 (et totalise seulement 30% des suffrages). Son leader Ed Miliband a dors et déjà annoncé qu’il quittait la tête du parti. A noter que Nigel Farage à également perdu et abandonne les rênes de l’UKIP. Un gros coup dur pour le parti europhobe. Même Nick Clegg, le leader des Lib-Dem et encore hier vice- premier ministre du pays, laisse lui aussi sa place. Cette élection aura fait 3 morts politiques de premier plan en moins d’une heure. Un cataclysme au Royaume-Uni qui conduira forcément à des changements importants.

Le risque d’une coalition « rouge » a fait peur aux électeurs 

Analysons rapidement les résultats de ces élections. Les Tories doivent leur victoire à un bon bilan économique (certains ne seront pas forcément d’accord, mais c’est un autre débat) et à une belle campagne de son leader David Cameron. Le discours « donnez moi 5 ans de plus pour finir le travail » ou « évitons une coalition Labour-SNP » a payé. Quand l’incertitude et la peur règnent, c’est souvent la droite qui l’emporte. Les élections britanniques l’ont encore prouvé. Les indécis se sont massivement déplacés pour voter Tories. De son côté, le Labour a sans doute manqué d’un leader suffisamment charismatique et a payé une campagne jugée trop à gauche. La personnalité d’Ed Miliband n’a pas assez imprimé auprès de l’électorat populaire. Comme MM. Blair et Brown l’ont prouvé, au Royaume-Uni, on ne peut gagner que si l’on fait campagne au centre. La défaite du Labour, c’est aussi la victoire du parti nationaliste écossais. Le SNP passe de 6 sièges à 56. Une performance exceptionnelle qui pose de nouveau la question de l’indépendance de la région – alors même qu’un référendum vient juste d’avoir lieu l’an dernier. Les Lib-Dem s’effondrent et payent leurs 5 années de coalition avec les conservateurs. Dommageable car le parti libéral tenait le rôle de modérateur au sein de la coalition Tories-LibDem et lissait le discours et les actes des Tories, notamment sur l’Europe. Enfin, le parti europhobe et anti-immigré UKIP, malgré 14% des suffrages, n’obtient seulement qu’un siège.

Paradoxalement, le Brexit s’éloigne

David Cameron qui rempile pour 5 ans, beaucoup imaginent déjà qu’on se dirige tout droit vers une sortie de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne. Pourtant, on peut contester cette thèse. La victoire ferme de David Cameron est peut être la meilleure chance de voir nos voisins d’outre-Manche rester dans l’UE. C’est la théorie que développe The Economist et que je vais reprendre ici car je la partage. Miliband vainqueur, le parti conservateur se serait radicalisé et la branche la plus dure et eurosceptique des conservateurs aurait sans doute pris les rênes du parti. In fine, les Tories auraient même pu faire campagne pour un Brexit dès leur retour possible au pouvoir en 2020. Un SNP fort aurait également été une épine dans le pied du Labour. Le parti, bien qu’europhile, voit la possible sortie du Royaume-Uni de l’UE d’un bon oeil puisque c’est sa meilleure chance d’obtenir l’indépendance de son pays. Au contraire, la nette victoire de David Cameron va lui permettre de relancer les négociations avec Bruxelles. Des concessions des deux camps sont possibles. A titre personnel, David Cameron veut rester à l’intérieur de l’UE, le Labour et les Lib-Dem aussi. Si les britanniques votent non au Brexit, la question européenne sera réglée pour un bon moment.  De plus les liens étroits entre les Tories et la City ne sont plus à cacher. Les milieux financiers britanniques feront massivement campagne contre le Brexit. La pression sur les conservateurs pour en faire de même sera maximale.

Finalement, la victoire de David Cameron et des conservateurs n’est peut être pas une si mauvaise nouvelle. Pour l’économie du Royaume-Uni mais également pour son avenir européen.

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Charles Derrac

Passionné de politique, d'économie et de sport.

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  • roger

    Cameron a gagné notamment parce qu’il a siphonné les voix du UKIP… C’est quoi le programme du UKIP ? Sortir de l’UE. Il a été elu grace a sa proposition de referendum qui a permis aux electeurs potentiels du UKIP de rediriger leurs votes. Le RU va se casser de l’Europe, et c’est completement con de voir la victoire de Cameron comme un eloignement du brexit….