Ci-gît la chanson française

Une photo de Mano Solo prise pendant l'une de ses prestations

Il aura vécu sa vie comme il la chantait : avec ses tripes. Pudiquement, presque anonymement, il s’est éteint un morne dimanche de janvier à l’hôpital Bichat de Paris. Nous étions alors en 2010 et la chanson française venait de perdre l’une de ses dernières icônes. Lui dont les textes et la sincérité portaient si loin se sera finalement éteint à 47 ans, d’un souffle marquant la fin d’une ère.

Lui c’est Mano Solo. Un « brailleur » comme on n’en fait plus. Avec une « gueule » aussi. Squelette à la voix chevrotante, déchirée, meurtrie et vibrante. Fétu de paille rongé par la maladie, on aurait pu le croire vaciller à chaque inspiration tant il mettait du cœur à l’ouvrage lors de ses prestation scéniques.

Les thèmes qu’il abordait dans ses chansons étaient banalement beaux : l’amour, la mort, l’exclusion, l’amitié… Le sida également, dont il était atteint depuis 1995 et contre lequel il luttait depuis. Séducteur et toxicomane pendant ses jeunes années, la maladie l’aura touché directement, à une époque où celle-ci avait tristement trouvé sa place dans la société. Plus qu’un simple musicien engagé, Mano Solo se caractérisait également par un militantisme de l’ombre, soutenant à maintes reprises l’association Fazasoma (venant en aide aux enfants malgaches) sans pour autant en faire son fonds de commerce.

Aussi versatile que pouvaient l’être ses sujets de prédilection, l’artiste aimait mélanger les genres musicaux, passant aussi bien du rock alternatif aux airs de musette, sans oublier le tango ou la musique africaine. Oui, Mano Solo était un artiste complet dont la discographie, riche de huit albums studio et de trois live (dont un posthume), imprimait l’air du temps par sa virtuosité. Comme le reflet de son auteur, ses chansons transpiraient l’honnêteté et la simplicité, chose désormais peu commune dans la production musicale actuelle.

Et comme si tant de talent ne suffisait pas pour un seul homme, Mano Solo se targuait également d’être peintre, dessinateur, écrivain et homme de radio. Vous avez dit polyvalent ? Le mot est encore trop faible. D’autant qu’il n’avait jamais joué de la notoriété de son père (le dessinateur et caricaturiste Cabu) pour faciliter un succès qu’il méritait de toute façon.

Je l’ai connu trop tard cet homme. Bien trop tard. Quelques mois avant sa mort, j’étais tombé presque par hasard sur l’une de ses prestations avant de tomber sous le charme. Car il était définitivement un homme de scène, délaissant les apparats habituels de certains chanteurs obligés de « meubler » le décor et envahissant la scène de sa présence. Ce charisme, je l’ai rarement retrouvé chez d’autres artistes, et encore moins dans le paysage musical français.

Alors voilà, à travers cet article je souhaitais rendre un modeste hommage à ce grand homme. Et m’excuser aussi de n’avoir pas eu plus tôt la curiosité de le découvrir, lui et son univers. À l’heure où la variété française, mollassonne au possible et  aussi creuse qu’un cerveau de lofteur, a pris le pas sur la chanson française en s’inspirant (en moins bien forcément) de nos voisins outre-Atlantique, la mort de Mano Solo a bel et bien marqué la fin d’une ère : celle des chansons à texte et à sens.

Un dernier hommage donc, à celui qui nous aura laissé pour cadeaux des titres tels que « Au creux de ton bras », « Chacun sa peine » ou encore « Y’a maldonne ». Et bien sûr l’inoubliable « Je suis venu vous voir », testament destiné à son public et prenant tout son sens maintenant.

Et pour clôturer cet article, je vous propose d’en finir sur ces quelques paroles de ce génie, extraites de « C’est plus pareil » :

« J’ai tellement parlé de la mort, que j’ai cru la noyer, la submerger de ma vie, l’emmerder tant et tant qu’elle abandonne l’idée de m’emmener avec elle »

Encore merci Monsieur Solo.

Ci-dessous l’apparition de l’artiste dans l’émission Captain Café en 1995. Il y interprète alors le bouleversant Je suis venu vous voir:

httpv://www.youtube.com/watch?v=-7wL0dngbnk

Imprimer cet article

Vous aimerez aussi...