Bienvenue à Gattaca

Consider God’s handiwork; who can straighten what He hath made crooked?
(Considérez le travail de Dieu; qui peut redresser ce qu’il aurait tordu ?)
Ecclesiastes 7:13

I not only think that we will tamper with Mother Nature, I think Mother wants us to.
(Je ne pense pas seulement que nous allons altérer notre mère nature, je pense que c’est ce qu’elle attend de nous)
Willard Gaylin

C’est sur ces deux citations contradictoires que commence le premier long métrage de Andrew Niccol, publicitaire à ses débuts, reconverti par la suite dans le cinéma avec l’écriture de The Truman Show. Un scénario qu’il décidera de vendre afin de pouvoir réaliser Bienvenue à Gattaca en 1997. C’est ce film que je souhaite vous présenter aujourd’hui.

Synopsis

L’histoire commence sobrement dans un futur proche où la société discrimine les gens non plus par rapport à la couleur de leur peau ou à leurs origines sociales, mais par rapport à la qualité de leur patrimoine génétique. Dans ce futur proche, la science est arrivée à trier et sélectionner les gamètes (spermatozoïdes pour l’homme, ovules pour la femme) puis à les inséminer artificiellement, autrement dit à concevoir des individus « parfaits » : dépourvus de maladies génétiques, de quelconques prédispositions aux drogues, etc.

En toute illégalité, nombre d’entreprises et d’employeurs procèdent à des examens de sang et d’urine afin de sélectionner leurs candidats en fonction de leur « qualité génétique ». La notion de CV ou d’entretien n’existe plus, tout se lit dans le sang du postulant.

Gattaca, véritable centre de gravité de l’histoire, est un institut de recherche spatiale qui pratique ce type de discrimination à son paroxysme. Personne ne peut espérer y travailler sans témoigner d’un test sanguin impeccable.

Nous suivons l’histoire de Vincent Freeman, venu au monde naturellement dans la croyance qu’ « un enfant conçu dans l’amour a toutes les chances d’être heureux ». Hélas pour Vincent dont le rêve est de devenir astronaute et de partir dans l’espace, le monde dans lequel il est né le relègue aux emplois ingrats et le prive de ce rêve. Vincent va alors rencontrer Jérome, candidat génétiquement idéal pour un tel poste mais récemment paralysé des jambes. Vincent va peu à peu faire vivre son rêve à Jérome et ensemble, ils vont déjouer le système discriminatoire de Gattaca.

Bienvenue à Gattaca est aussi l’histoire et la rivalité permanente de deux frères, Vincent, enfant conçu naturellement, et Anton (nommé après son père) lui conçu scientifiquement afin d’avoir un patrimoine génétique supérieur (et de ne pas souffrir des « défauts » de son frère).

httpv://www.youtube.com/watch?v=m_nkVmRSpfE

Critique

Bienvenue à Gattaca est incontestablement un excellent film d’anticipation. Sans en rajouter, le scénario interpelle le spectateur et le renvoie à ses interrogations sur la pratique de l’eugénisme dans une société supposée parfaite. Malgré un casting d’acteur connus, le film ne sombre pas dans la facilité hollywoodienne et nous propose des plans sobres, un jeu d’acteur exceptionnel et des décors épurés.

Le scénario est impeccable, bien rythmé, et propulse dès les premières minutes le spectateur dans le monde futuriste de « Gattaca », avant de revenir sur l’histoire de Vincent à l’aide d’un élégant flash-back de quelques années.

Egalement à souligner, la bande sonore signée Michael Nyman : dure, triste, soignée mais aussi remplie d’espoir.

Il est triste à noter que malgré de bonnes critiques de la presse et des spectateurs, le film ne fut pas un succès au box office.

Au delà du film

Le film pose évidemment la question de l’eugénisme (méthodes et pratiques visant à transformer le patrimoine génétique de l’espèce humaine, dans le but de le faire tendre vers un idéal déterminé. Source : Wikipedia).

Quel est la limite de l’action de l’homme sur la création de la vie ? Sans même parler de choix du sexe ou de couleur des yeux, est-il moral d’utiliser la science pour éliminer les maladies génétiques ou cela se résume-t-il déjà à modifier l’oeuvre de «Dieu» ?

Au contraire, ne devrions-nous pas utiliser la science au maximum afin de rendre l’être humain « meilleur » ? N’est-ce pas ce que nous faisons déjà lorsque nous procédons à des opérations de chirurgie esthétique, lorsque nous prolongeons la vie, lorsque nous combattons des maladies ?

Le film pointe également du doigt la discrimination à l’égard des individus nés naturellement. Dans la société future présentée dans le film, on peut imaginer que seuls les fortunés peuvent se permettre le coût d’un centre de procréation médicale. Par extension, il existe toujours la même discrimination de la société envers les moins fortunés, ceux qui aujourd’hui ne peuvent pas intégrer de grandes écoles, et qui demain ne pourront pas offrir le « meilleur génotype » à leurs enfants.

Conclusion

Je ne peux que vous conseiller de voir Bienvenue à Gattaca si ce n’est pas déjà fait, puis de vous poser les bonnes questions. La pratique de l’eugénisme est un phénomène d’actualité : certains centres de natalité au Etats-Unis permettent déjà de choisir le sexe de son enfant ou la couleur de ses yeux.

Si la science vous permettait de donner toutes les chances à votre enfant, que feriez-vous ?

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Louis Derrac

Responsable Développement Éducation chez Tralalere, je suis passionné par l'éducation, la politique et adeptes de débats sans fins.

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