Attentats de Paris : quelques articles et réflexions

On lit de tout sur Internet et dans les médias, et force est de constater que les articles les plus largement diffusés ne sont pas forcément les plus riches. Je vous propose donc une sélection d’articles et de vidéos que j’ai trouvé intéressants et qui nourrissent ma réflexion sur deux aspects de notre lutte antiterroriste : l’action intérieure (renseignement, encadrement des personnes radicalisées, etc.) et l’action extérieure (lutte armée contre Daech, relations diplomatiques au Moyen-Orient).

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Terroriste : seul contre tous (@CapucineMoulas)

Renseignements : pour ou contre plus de coercition ?

Les analyses de Marc Trévidic, qui sont de plus en plus reprises par les médias, sont extrêmement intéressantes compte tenu des débats actuels. De nouveau, nos personnalités politiques sont bercés par la tentation de promulguer de nouvelles lois de renseignements et de contrôle. Pourtant, comme le répète Trévidic à chacune de ses interventions, « ce ne sont pas les lois qui manquent mais les moyens » (article sur l’Opinion). Bien sûr, pour calmer une population qui a peur, la promesse d’une loi est rassurante. Les politiques le savent et s’en servent.

L’ancien juge antiterroriste estime, comme d’autres experts, que les services de renseignement sont déjà « submergés d’informations », et qu’ils n’ont pas les moyens humains et technologiques suffisants pour les traiter. Je suis pour ma part convaincu que ce n’est pas en ajoutant de nouvelles mesures de contrôle, de coercition, et de surveillance que nous endiguerons la menace terroriste (et les autres menaces d’ailleurs). Utilisons déjà les informations que nous avons au lieu de gesticuler avec des lois qui entraineront inexorablement une spirale liberticide.

Force est de constater par ailleurs que de nombreux (attention, pas tous) terroristes se sont avérés avoir été fichés S par les services de l’Etat. La plupart des failles dans leur suivi et leur surveillance semble résulter d’un manque de moyen, pas d’un manque d’information (Pour comprendre ce qu’est la fiche S, je vous conseille cet article des Décodeurs).

Sommes-nous en guerre contre Daech ?

Dominique de Villepin s’était déjà illustré il y a un an en martelant que nous n’étions pas en guerre contre Daech. Il disait notamment :  «L’échec est annoncé parce que le terrorisme est une main invisible, mutante, changeante, opportuniste. On ne se bat pas contre une main invisible avec les armes de la guerre. Il faut être capable d’employer la force de l’esprit, la ruse, les moyens de la paix pour désolidariser des forces qui s’agglutinent autour de ces forces terroristes».

Voici le lien d’un article rédigé à la suite de son intervention sur le Grand Jury de RTL dimanche dernier où il ajoute que « se dire en guerre, c’est faire le jeu de l’ennemi ». C’est une analyse que je trouve très intéressante.

Quelle action extérieure pouvons-nous mener ?

Doit-on attaquer l’Etat Islamique et comment ? Au delà de la communication politique, ce n’est probablement pas en envoyant une dizaine d’avions bombarder chaque jour des positions dans le désert que nous remporterons le combat contre Daech. Attaquer au sol alors ? Et permettre à l’Etat Islamique d’accomplir son fantasme ultime : une dernière bataille entre les armées de Rome et les armées de l’Islam, le tout avant l’apocalypse (selon les propagandistes de l’EI) ?

La question est difficile, d’autant plus que personne aujourd’hui n’est capable de dire ce qui sera fait du terrain libéré : doit-il revenir à la Syrie de Bachar, le dictateur qui a ensanglanté son peuple ? Aux rebelles syriens, alors qu’eux-mêmes sont divisés ? Aux kurdes, ce qui entrainerait une opposition inévitable de la Turquie ? Beaucoup de questions complexes…

Marc Trévidic (qui prend le contrepieds de Dominique de Villepin en insistant sur le fait que nous sommes en guerre) estime que nous avons laissé grossir un monstre, l’Etat islamique, pendant plusieurs années, et que celui-ci est maintenant suffisamment fort pour mener des attaques extérieures. Il ajoute, implacable, que la France et les autres pays occidentaux entretiennent depuis des années des relations malsaines avec des pays (Arabie Saoudite, Qatar, etc.) qui partagent et véhiculent l’idéologie de l’Etat Islamique.

Je peux difficilement être en désaccord avec lui sur ce point : quelles limites dans la « réal politik » pour le « pays des droits de l’Homme » ?

L’état Islamique est-il vraiment islamique ?

Courrier International a traduit une enquête publiée par Graeme Wood dans The Atlantic et intitulée « Ce que veut vraiment l’Etat Islamique« . L’article est long, accrochez-vous, mais extrêmement intéressant. Il prend notamment le contrepieds de toutes les analyses un peu trop rapides qui tentent (et c’est compréhensible) d’exonérer de manière inconditionnelle l’Islam (la religion) des agissements des terroristes islamistes.

Or, selon l’article, la vérité impose de dire que les islamistes et leurs agissements sont effectivement une interprétation de la religion. Une interprétation indéfendable moralement, évidemment, mais une interprétation qui par son essence même, ne peut pas être « invalidée ». De la même façon, des personnes ont tué et peuvent encore tuer au nom de la religion catholique ou juive parce qu’elles ont choisi d’interpréter ces religions d’une façon qui légitimise des actions que moralement nous condamnons.

Cet article a évidemment suscité énormément de polémique. De nombreux commentateurs, experts et représentants religieux se sont attaqués à cette analyse, arguant notamment que les recrues de l’Etat Islamique sont tout sauf des religieux zélés, et qu’ils sont même pour l’immense majorité totalement ignorants sur les questions religieuses.

Je pense que ces deux analyses ne sont pas incompatibles, elles montrent que comme tout religion, l’Islam peut être interprété pour le meilleur ou pour le pire, et qu’il est facile d’endoctriner ceux qui ne sont pas armés pour analyser et penser par eux-même. Par ailleurs, il est évident que l’Etat Islamique exerce un pouvoir d’attraction pour toutes les personnes qui cherchent un moyen d’exister par la violence et qui y trouvent une doctrine enviable.

Quelques articles anglophones qui illustrent cette opposition :

Je conclurai cet article en partageant un article de Courrier International qui explique que « Suivre les informations en boucle nuit à la santé« . Attention à l’info Non stop qui n’apprend et n’explique rien :/

Bon courage à tous dans ces moments difficiles, restez unis.

Crédit photo : @CapucineMoulas

(Je précise que j’ai passé une bonne heure à la retrouver, et je suis content, car cette photo exprime pour moi ce qu’il y a de plus important. Les terroristes peuvent nous faire mal, mais ils ne pourront jamais gagner parce qu’ils sont seuls, et nous sommes ensembles).

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Louis Derrac

Responsable Développement Éducation chez Tralalere, je suis passionné par l'éducation, la politique et adeptes de débats sans fins.

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