Alors les europhobes, heureux ?

On a beau dresser l’oreille, on n’entend plus Marine Le Pen s’exprimer sur l’Europe et le Brexit.

Étonnant quand on connait la verve inépuisable de celle qui mardi et mercredi encore, nous partageait à longueur de déclarations et de tweets (plus d’une dizaines par jour) sa joie à la suite des résultats du référendum britannique. « Une victoire éclatante pour la démocratie » contre l’Union Européenne, cette « organisation totalitaire ».

Mais étrangement, depuis quelques jours, plus un mot. Marine Le Pen aurait-elle fini par comprendre que son plan, se servir du Brexit comme une arme politique pour l’élection française, était en train de prendre l’eau de toute part ?

En effet, chaque jour qui passe montre à quel point l’après-Brexit est un inconcevable… bordel. Nous assistons, béas, à la dislocation de tout un pan de la classe politique britannique (démission de David CameronBoris Johnson « brexécuté » par la presse britannique), et au réveil simultané et quelque peu tardif des pro-européens (plus de 30 000 « Marcheurs pour l’Europe » ont défilé aujourd’hui à Londres).

La réalité, c’est que le populisme est en train de montrer ses limites. Il est facile d’aboyer, de hurler son mécontentement sans proposer de véritable alternative, de vociférer des slogans en se contenant de demi-vérités accommodantes. Il n’est pas aussi facile d’être à l’épreuve du pouvoir, et de devoir faire face à la réalité dans sa complexité et sans le manichéisme des grands discours.

Que voulons-nous : une Europe géographique ou une Europe politique ?

Je pense qu’avant de se positionner par référendum sur l’Union Européenne dans son état actuel, il faut commencer par se poser la question suivante : sommes-nous prêt à nous contenter d’une Europe géographique avec des entités nationales souveraines, ou préfère-t-on continuer à travailler à une Europe politique, économique, sociale ?

Comme le disait Charles Derrac dans son article, « les souverainistes pensent être les seuls à aimer leur pays. Nous, européens, devons leur montrer qu’il n’en est rien ». Il a totalement raison. Je rajouterais que les europhobes pensent être les seuls à être critiques de l’Union Européenne. C’est également entièrement faux, on peut être européen convaincu tout en souhaitant de profonds changement dans son organisation.

Mais avant de décider, ou non, de donner un second souffle à l’Union Européenne, il faut savoir si l’on souhaite toujours son existence. Et l’extrême droite nous a bien fait comprendre qu’elle ne le souhaitait pas. Marine Le Pen et ses compères restent en effet persuadés que la grandeur de la France ne sera restaurée que lorsqu’elle retrouvera sa souveraineté nationale. Permettez-moi d’en douter.

La France, l’Allemagne, l’Angleterre, ne sont plus les empires qu’ils ont été avant les guerres mondiales et la décolonisation. Ce n’est pas que nos pays ont décliné, contrairement à ce que l’extrême droite essaye de nous faire croire. C’est que nous ne pouvions pas garder éternellement le monopole de l’industrialisation et de l’innovation. Un beau jour, le monde nous a alors logiquement rattrapé et dépassé.

Que peut la France, un pays de 70 millions d’habitants étalés sur une superficie de 650 000 km2 face à la Chine ou l’Inde qui en comptent 1 milliard et qui s’étendent sur plusieurs millions de km2 ?

Représentation graphique des pays du monde en regard de leur population. cliquez pour agrandir (source : sub Reddit MapPorn)

Représentation graphique des pays du monde en regard de leur population. cliquez pour agrandir (source : sub Reddit MapPorn)

Sans l’Europe, nous ne sommes que des petits pays : en nombre d’habitants, en taille, en ressources naturelles. C’est un fait. Si nous voulons continuer à exister en tant que puissance politique et économique, l’Union Européenne est notre seule option.

Sinon, nous devrons accepter de n’être qu’un petit pays au centre de la carte, aimé pour sa culture, sa gastronomie… et son éternelle capacité à se lamenter de son sort.

Le sujet vous interpelle ? N’hésitez pas à participer au débat dans les commentaires !

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Louis Derrac

Responsable Développement Éducation chez Tralalere, je suis passionné par l'éducation, la politique et adeptes de débats sans fins.

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